Antoine Desrosières – Entretien

Haramiste marque non seulement le retour en grande forme d’Antoine Desrosières derrière la caméra, après son Bon bain chaud, mais c’est surtout un étonnant et juste portrait de deux jeunes filles musulmanes. Il nous a paru nécessaire de revenir avec lui sur la genèse et l’accueil de son film après les événements du 7 janvier 2015.

Haramiste Antoine Desrosières

KinoScript : Comment est né Haramiste ?

Antoine Desrosières : Haramiste est né de la commande d’un producteur qui faisait une série de courts métrages pour Arte sur l’amour moderne. Bizarrement ce qui lui manquait, c’était un film sur les rencontres Internet, ce qui me semblait être pourtant la tarte à la crème sur la question. Avec Anne-Sophie Nanki, avec qui j’écris souvent des scénarios, nous avons pondu un petit canevas en nous demandant à qui servait le plus l’anonymat des rencontres Internet : à celles à qui l’amour libre et la sexualité sont interdits. Nous avons pensé, parmi elles, aux filles voilées que l’on voit plus souvent s’exprimer pour défendre leur droit à porter le voile que pour parler de leur sexualité. Mais elles aussi ont un clitoris et des désirs, et grandissent au milieu des filles de leurs âges qui les vivent. Nos personnages sont donc, à dessein, des jeunes femmes portant le voile, sans que jamais dans le film ce voile ne fasse débat parce qu’il nous semble que le voile n’est pas le débat ; le débat, c’est l’interdit qu’il implique. Ces jeunes femmes incarnent ainsi de manière extrême l’éternelle contradiction entre la culture-culpabilisante et la nature-désirante. C’est en cela que quelles que soient notre culture, notre sexe et notre âge, nous sommes tous des jeunes femmes portant le voile. La liberté des femmes, nous l’explorions déjà avec Anne-Sophie Nanki, en écrivant un long métrage sur le divorce de George Sand, quand le droit assujettissait les femmes à leur père, mari, frère, fils. Haramiste raconte la même histoire aujourd’hui, la lutte pour vivre sa vie, sans rompre avec les siens. Tous les autres sujets proposés par le producteur initial pour sa collection ont été retenus par Arte mais pas Haramiste, il paraît que parler sodomie et Islam, c’est trop sensible… J’ai été heureux cependant qu’un autre service d’Arte achète le film une fois fini.

KS : A l’époque de l’écriture du scénario aviez-vous des références, littéraires, cinématographiques ou autres en tête ?

A.D. : On l’a écrit tellement vite qu’on n’a pas trop eu le temps de se poser la question. Peut-être Une sale histoire d’Eustache, pour le fait d’assumer la parole longue sur un canapé ? Je pensais aussi au Kaurismaki de Shadows in Paradise pour les plans devant le supermarché, mais lui les fait peu parler.

KS : Vos deux comédiennes, Inas Chanti et Souad Arsane sont vraiment étonnantes, comment les avez-vous trouvées ?

A.D. : Un long casting mené de mains de maître par Johanna Lecomte qui avait déjà fait le casting de mon film précédent. Elle (et son armée d’assistants) a rencontré 400 jeunes maghrébines entre 16 et 20 ans. Elle faisait faire d’abord à chacune une improvisation dans laquelle elle devait raconter une situation trash avec des mots crus. Je cherchais des grandes gueules marrantes, vivantes et capables de nourrir les personnages. Une petite proportion quittait le casting sans faire l’essais, choquée. Une grosse partie racontait des situations négatives, type viol, etc. Celles-là s’éliminaient d’elles-mêmes. Je cherchais des jeunes femmes pour qui ces indications évoquaient des situations joyeuses. Inas avait un tempérament comique type Les bronzés, très marqué. On l’a trouvée la première. Elle a flingué pas mal de postulantes lors des seconds essais, des impros à deux dans laquelle ses partenaires mourraient… de rire. Et puis Souad est arrivée le jour de ses 18 ans. Johanna l’a trouvée sur un skate porte de Clignancourt. Souad lui a demandé du feu. Elle avait arrêté l’école à 16 ans et a porté le voile pendant trois ans. Aux premiers essais, elle n’était pas drôle du tout, émouvante à pleurer. Son potentiel comique s’est révélé face à Inas.

Inas Chanti et Souad Arsane

KS : Lors du casting, la liberté de parole des deux protagonistes a-t’elle posé problème ?

A.D. : Les premiers essais permettaient d’éliminer celles à qui ça aurait posé problème et de retenir celles à qui cette liberté était naturelle.

KS : Vos rencontres lors des castings ont-elles modifié ou confirmé votre vision des jeunes françaises musulmanes ?

A.D. : Je savais bien qu’elles vivaient autant que les autres. Quand tout est interdit, derrière l’interdit, il n’y a plus de limite. Ce qui était intéressant, c’est que l’exercice demandé en impro, et le jeu de fiction – nous ne voulions pas savoir si ce qu’elles racontaient était vrai ou faux – le fait que ça soit Johanna qui leur fasse passer les essais aussi, et que je ne sois pas là, créaient un climat d’intimité féminine dans lequel les tabous tombaient. Que les histoires que l’on entendait soient fantasmes ou réalité peu importe, elles parlaient de leurs désirs et imaginaires et traçaient un reflet très intéressant, sociologique, de la place du désir, du sexe et de l’amour chez ces jeunes femmes.

KS : Vos deux comédiennes choisies, comment avez-vous procédé avec elles ?

A.D. : Pendant 8 week-ends avant le tournage, nous avons fait des « improvisations prospectives » à partir des 4 situations du premier texte. Je les lançais sur chaque sujet et je leur demandais de tenir le plus longtemps possible, de l’épuiser, de creuser les paradoxes, de se moquer comme d’une guigne d’être ennuyeuses, de ne pas chercher à être « bonnes » à tout prix. Chaque prise ne faisait pas moins d’une heure, filmée par Johanna. C’est là qu’Inas et Souad se sont approprié l’histoire. En dépouillant ces rushes, on a pris en note les minutes magiques et monté un nouveau scénario de 50 pages à partir de leurs trouvailles et de la base d’origine. Après, Inas et Souad ont assimilé ce nouveau texte au cours de nouvelles répétitions où elles le réimprovisaient à leur sauce mais en suivant le nouveau canevas. Lorsque l’on est arrivé sur le tournage, je n’avais plus qu’à leur dire : « Allez-y ! ». La première prise sur la place devant le supermarché a fait 40 mn. 25 % du scénario d’origine oublié, 25 % rajouté inventé sur le terrain. J’avais prévenu les techniciens – et le perchman – que ça serait long. C’était le premier tournage des filles, alors elles ne se rendaient pas compte qu’on ne fait pas comme ça d’habitude. On tournait à deux caméras. Après, on a continué. Jamais plus de deux ou trois prises. Pendant la seconde, je leur soufflais des indications, Johanna qui faisait la scripte/assistante, elle, leur soufflait des mots clefs pour leur rappeler les passages à ne pas oublier. Les deux filles ne se sont jamais vues sans moi (toujours pas), qu’en répétition, en tournage ou aux projections. Mais on n’a pas eu de mal à faire croire qu’elles étaient sœurs tant la relation était facile entre elles.

KS : Comment avez-vous procédé pour sélectionner avec Anne-Sophie Nanki  la masse de dialogue à intégrer au scénario ?

A.D. : Anne-Sophie n’était plus là à ce moment. Johanna Lecomte (marquée au scénario comme collaboratrice à l’écriture) était devenue ma complice en prenant en notes les bons passages des impros. J’ai ensuite fait le scénario montant l’ensemble tout seul comme un grand.

KS : Le film démarre en extérieur, au milieu d’une cité, Rim et Yasmina discutent des jeunes hommes du quartier. Elles se parlent librement mais pourtant l’impression qui domine est celle d’une cour de prison. Etait-ce votre volonté ?

A.D. : Non, je n’y avais pas pensé. Mais, de fait, il y avait un climat très spécial lors du tournage. Les figurants trouvés sur place la veille du tournage pour faire les dragueurs se sont désolidarisés du film au fur et à mesure, influencés par leurs grands frères : « un bon musulman ne drague pas une fille voilée ». Heu… pendant ce temps là d’autres « bons musulmans » qui ne jouaient pas dans le film ne se gênaient pas pour draguer nos deux demoiselles voilées même lorsqu’un peu à l’écart du tournage elles n’étaient plus identifiées comme actrices du film. Bref, la situation s’est envenimée et pendant les prises on entendait un grondement grandissant d’hostilités menaçantes, jusqu’à ce que, vers midi, on se fasse éjecter de la place où nous avions prévu de tourner jusqu’à 17h. Mon équipe s’inquiétait : comment tu vas faire ? Je les rassurais, je pensais qu’avec les trois prises tournées j’avais tout ce qu’il me fallait. Et je ne regrettais aucunement d’avoir choisi cette place à Châtellerault, connue comme étant la plus dure de la région, d’abord parce qu’elle était très belle, et ensuite parce que ce climat spécial habite la scène, tant et tant que vous y avez vu une cour de prison !

Haramiste

KS : La jeune fille s’évade de sa chambre, la nuit, par la fenêtre pour rejoindre son futur amant. C’est une action que l’on retrouve dans la littérature classique voir dans le polar, l’homme prend l’initiative et la femme qui attend au balcon, situation que vous inversez dans Haramiste. L’émancipation des jeunes musulmanes ne peut-elle être que l’émanation d’une volonté personnelle ?

A.D. : La liberté, personne ne la donne jamais, il faut toujours la prendre. Par ailleurs, j’ai toujours préféré les fenêtres plutôt que les portes pour rentrer et sortir dans les films. C’est plus joli et plus signifiant. L’autre sœur aussi d’ailleurs passe par la fenêtre pour s’évader cette nuit-là : la fenêtre de chat-roulette.

KS : Haramiste est une mise en scène de la parole, cela se traduit à l’écran par une forme frontale, comment ce choix s’est-il imposé à vous ?

A.D. : J’avais envie de faire un film très simple. Ma coscénariste n’avait pas tellement confiance en ce choix. J’allais au devant de toutes les peurs. Très peu de décors, de personnages, de séquences, des plans très longs, tout pour faire un film chiant en cette époque où l’image s’auto-zappe dans tant de films, où le comble de l’inventivité est d’avoir toujours plus d’idées visuelles, de montage, d’en mettre plein les yeux. J’avais envie, au contraire, de faire confiance à mes actrices et d’user chaque idée jusqu’à la corde, comme celle du tableau d’Arafat tenu par Souad derrière Inas. J’avais envie d’être la petite souris qui regarde par le trou de serrure ces filles dans leur chambre, quand elles ne regardent pas l’heure, quand elles vivent tout simplement. L’innovation de ce film, c’est la confiance dans un dispositif radicale injouable et de l’assumer sereinement du début à la fin. Et, ce faisant, de faire pourtant une comédie. Ce qui déjoue l’ennuie n’est pas le nombre des points de montage mais le timing des personnages.

Inas Chanti et Souad Arsane, Haramiste

KS : Vous retrouvez George Lechaptois à la photographie après vos deux longs-métrage, A la belle étoile et Banqueroute. Comment avez-vous déterminé le style d’Haramiste ?

A.D. : Je lui ai dit ce que je voulais. Deux cameras, des plans très longs, ce qui n’est pas sa religion lui qui continue à plaider pour le tournage pellicule (ce qui limite les prises en 35 mm à 10 mn), mais là j’utilisais le numérique pour ce qu’il permettait. Je n’avais jamais tourné comme ça. Je n’étais pas tout à fait sûr que ça marcherait, mais je ne voyais pas comment faire ce film autrement et je voulais voir. Ca m’a ouvert des portes sur comment faire des films. En même temps, je n’ai pas fait beaucoup de films mais j’ai toujours eu cette alternance. Dans les années 80, j’ai fait deux courts métrages, un storyboardé, l’autre improvisé ; dans les années 90, j’ai fait deux longs métrages, l’un très écrit, l’autre improvisé ; dans les années 2000, j’ai fait deux filles (heu bon là sans commentaire), dans les années 2010, j’ai fait deux moyens, un très écrit, et l’autre… celui-là. George qui avait fait les deux longs métrages me connaissait donc comme aimant les exercices qui recherchent à sortir la vie comme le jus d’une orange. D’ailleurs je me souviens sur mon premier long qu’il se battait contre ses propres équipes pour défendre de me laisser le temps de travailler avec mes comédiens. J’ai du mal à supporter les tournages dont la vraie star est le chef op, ce qui arrive souvent. Ce n’est pas le style de George. Pour en revenir à l’univers : je le voulais très coloré, ce que nous avons fait avec le décorateur Laurent Le Corre, éclairer de manière douce avec notamment des sources lumineuses dans le champ, un peu comme dans mon premier long de 1994. Nous avons trouvé une collection de photos de chambres de jeunes filles dans le monde entier qui m’a un peu inspiré la décoration, et j’ai plagié le papier peint de celui trouvé dans la chambre de la fille de l’actrice jouant la mère. Elle m’a d’ailleurs donné le très beau calendrier de la Mosquée de Poitiers. George n’avait qu’un assistant pour gérer les deux caméras (dont une sur son épaule) et la lumière et c’était très bien comme ça. J’aime travailler avec des gens que j’admire et qui nourrissent le film. C’est aussi le cas de Simon Thoral, le monteur, de Annabelle Bouzom, la productrice, de Jules Pottier, coproducteur, ingénieur son, monteur son, mixeur…

KS : De part votre choix de mise en scène, le montage est presque intégralement en plan sur plan, cela a-t-il entrainé des difficultés particulières ?

A.D. : Finalement, il y a très peu de « jump cut » plan sur plan (c’est à dire même axe, même valeur de plan). Il n’y en a qu’à un moment de dispute violente entre les deux filles et cela va avec la tension du moment. Sinon, les raccords dans l’axe sont toujours avec des changements de valeur, ce qui va avec l’idée de fluidité et d’impression de vivre le présent que je voulais donner. Seule la dernière séquence, tournée à une seule caméra et dans laquelle donc je n’avais pas toujours le raccord direct large/serré, a donné quelques contraintes de montage. Mais ces recherches ont permis de créer des gags qui fonctionnent. Donc pas de problème.

KS : Avez-vous dû renoncer pour des raisons de raccord à certain enchaînement ? A des scènes ?

A.D. : Non, par contre j’ai usé avec beaucoup de liberté des recadrages dans le plan, optimisant ainsi le potentiel du 2K pour un film pour lequel j’avais choisi d’avoir un gros grain.

KS : Haramiste est un film atypique dans la vision qu’il donne des jeunes musulmanes, a-t-il était simple a monter financièrement ?

A.D. : Le film a été refusé par l’aide au court métrage du CNC dès la commission de lecture, par toutes les chaînes de télévision, et par nombre de Régions, avant d’être sauvé par la Région Poitou-Charentes et le département de la Vienne. Mais, compte tenu du fait que c’est ce qui m’arrive avec 99 % de mes projets, y compris ceux qui ne parlent d’aucune religion, je ne peux pas donner de manière certaine cette explication là.

KS : Haramiste est l’un des rares films de fiction où des personnages de musulmanes s’expriment si librement, de leurs désirs et fantasmes, cet aspect du film a-t’il posé problème ?

A.D. : Il se trouve que ce sont des musulmans dans ce film. Mais dans mon précédent, un documentaire sur la photographe Vanda Spengler, ce sont des juifs intégristes qui ont viré l’artiste et ses modèles nus d’un parking. Bref, je pense que la plupart des religions n’aiment ni le sexe, ni la liberté, ni la liberté sexuelle, en général.

Inas Chanti et Souad Arsane , Haramiste

KS : Les événements de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, ont-ils eu un impact sur  la réception de votre film ?

A.D. : Je crois. La carrière du film avait très bien commencé avant. Achat d’Arte, aide après réalisation de la Région Île de France, sélection par les Journées cinématographiques dionysiennes, le Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient, par Rithy Panh dans son festival au Cambodge. Et soudain… plus rien ! Ni Clermont, ni Brives, ni… j’en passe. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont trouvé plein de films meilleurs que le mien. L’attaché de presse qui nous aidait à trouver un distributeur avec enthousiasme s’est désengagée : « la cause défendue par Haramiste est juste : celle de l’égalité et de la liberté des jeunes femmes musulmanes, mais ce n’est pas le moment d’en parler.  Les musulmans souffrent tant de la stigmatisation qu’il faut passer sous silence ces nuances  là ». D’autres me disent que nous ne sommes pas à même de comprendre un mode de vie dans laquelle ces femmes s’épanouiraient dans une autre logique que la nôtre et m’accusent de vouloir leur en imposer une qu’elles ne souhaitent pas. Fantasme de petit blanc. Ce serait presque un regard condescendant sur cette religion que de prétendre que les femmes qui la pratiquent ont des désirs. Mais ce film n’est pas une opinion, c’est le portrait de jeunes femmes qui existent, pourquoi ne conviendrait-il pas de raconter leur histoire ? On ne leur donne jamais la parole pour dire autre chose que ce qu’on attend d’elles. On ne les regarde pas telles qu’elles sont, sans les juger, comme une partie de la société française que l’on doit connaître. Ce n’est pas que ma chique qu’on coupe, mais aussi celle de mes coauteurs Inas et Souad qui sont tout sauf des potiches, ou des pauvres filles manipulées. Bien sûr, une non sélection n’est jamais expliquée. Je peux apparaître paranoïaque de penser que c’est parce que « le climat a changé ». Mais si c’est le cas, alors tous ceux qui ne montrent pas le film parce qu’ils pensent que « ce n’est pas le moment », ne sont juste pas Charlie. Et c’est atterrant. On ne voit que les annulations de programmation prévues au préalable, mais, comme toujours, l’on ne verra pas tous les projets qui ne seront plus financés ou sélectionnés pour de mauvaises raisons. Tous ces films qui parleraient peut-être de la manière la plus intéressante de leur époque, parce qu’ils parlent de ce qui gêne. Notre système si merveilleux plébiscite la bien pensance et le consensuel, le non dérangeant, le plus souvent.

KS : Si vous deviez écrire une suite à Haramiste quel serait l’avenir de ces deux jeunes filles ?

A.D. : Je n’en sais rien. Elles ne sont pas révolutionnaires. Elles ne veulent rompre ni avec leur famille, ni avec leurs désirs. Souhaitons-leur d’y arriver en trouvant des « mecs suffisamment pas cons pour pas exiger qu’elles soient vierges au mariage, et suffisamment pas cons pour pas le dire à la famille… »

Propos recueillis par August Tino

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