La Folie de l’or – Ray Nazarro

Cripple Creek dans le Colorado est une petite ville accueillante. Les chercheurs d’or ont fait la fortune de la ville. Evidemment, ce boom a attiré tous les lascars de l’Ouest, à tel point que les pompes funèbres proposent un tarif de groupe pour les tueries du samedi soir. Les pilleurs ne s’attaquent plus au convoi chargé de pépites mais directement aux mines et raflent les minerais. A une époque où l’Amérique est plongée dans une crise économique, de telles pratiques sont plus que préjudiciables au pays. Deux agents secrets, Bert Ivers et Larry Gallant, dépêchés sur place, infiltrent la bande de Silver Kirby…

La folie de l’or est un bon western et…  un bon polar ! L’histoire est pleine de rebondissements, de machinations, de fausses pistes, d’invention « sadique » et les véritables coupables ne nous sont dévoilés que dans les dernières minutes. Le film écrit par Robert Schayer à un côté pulp des plus sympathiques. La folie de l’or une vraie BD où les touches d’humour ne manquent pas. Ainsi le personnage du croque-mort est des plus réjouissants, il est vrai que sa petite entreprise ne connaît pas la crise. Robert Schayer (1880-1956) est un solide scénariste qui a débuté au temps du muet. Il a œuvré tous les genres: romance, comédie, burlesque, drame, polar, fantastique. Il est l’une des plumes du Frankenstein (1931) de James Whale et de La Momie (The Mummy, 1932) de Karl Freund. On lui doit un nombre considérable de westerns aussi bien des scénarios que des petits romans de gare. Sa dernière histoire portée à l’écran est Représailles en Arizona (Arizona Raiders) par William Witney en 1965.

La réalisation de Ray Nazzaro dans le cas présent est particulièrement allègre et efficace. Les invraisemblances passent comme lettre à la poste. Nazzaro, honnête artisan, vétéran du western, réussit d’excellentes scènes, dont une en particulier frappe par son sadisme. Un agent du gouvernement démasqué au sein du gang, le méchant Silver Kirby décide afin de le faire parler de le soumettre à sa propre version de la roulette russe, ce n’est pas Voyage au bout de l’enfer, mais c’est particulièrement efficace. Les décors sont soignés, mention pour l’utilisation de la ville sous une tempête de sable, de très beaux matte paintings et la photo en Technicolor de William V. Skall, éclatante. Les acteurs sont bons et les seconds impeccables. Les deux héros sont incarnés par George Montgomery et Jerome Courtland.

George Montgomery est arrivé en Californie en 1935 avec la ferme intention de s’entraîner avec un ex-champion du monde des poids lourds de boxe James J. Jeffries. Montgomery était champion de boxe de l’Université du Montana et contait faire carrière sur le ring. Ce solide gaillard d’origine ukrainienne trouve aussitôt à Hollywood un emploi de cascadeur à la MGM. Il faut dire que Montgomery était un excellent cavalier. Avec sa belle dégaine, il est rapidement repéré par la Republic Pictures, qui lui donne de petits rôles dans des séries B, une spécialité de la maison. Un moment sous contrat à la 20th Century Fox, il interrompt brièvement sa carrière pour servir sous les drapeaux durant la Seconde Guerre mondiale. De retour, il va devenir un des acteurs favoris des westerns entre autres produits par la Columbia. Outre La Folie de l’or, Montgomery tourne trois autres westerns sous la direction de Ray Nazarro: Les derniers jours de la nation Apache (1952), Tempête sur le Texas (1953) et Les Brigands de l’Arizona (1954).

Après une assez courte carrière d’acteur, Jerome Courtland devient, dans les années 70, producteur pour Walt Disney (La Montagne ensorcelée, Peter et Elliott le dragon, Les visiteurs d’un autre monde) et réalisateur de séries TV (L’île fantastique, La Croisière s’amuse, Dynastie, Falcon Crest, Côté Ouest…). Mais les bons sont les bons et ce qui compte ce sont les méchants et dans La Folie de l’or, ils sont excellents.

William Bishop (Silver Kirby), grande figure du genre, à la beauté froide a l’élégance cynique du mal. Bishop débute au cinéma en 1943. Appelé sous les drapeaux, il ne fera son retour à Hollywood qu’après la démobilisation. Il obtient alors des seconds rôles plus consistants et un contrat de trois ans à la Columbia avant de reprendre son indépendance. Bishop a joué dans un nombre considérable de westerns de série B jusqu’à sa mort prématurée en 1959 des suites d’un cancer. Enfin, la femme de l’histoire, Karin Booth, apporte tout son charme et sa beauté à un personnage pas si naïf que ça. Tantôt brune, tantôt blonde, Karin Booth fait ses premiers pas à Hollywood comme modèle. Elle signe à la Paramount en 1942. Elle fait partie de ses beautés qui traverse l’image en arrière-plan avec parfois quelques lignes de dialogue. Petit à petit ses personnages prennent de la consistance. Elle reste toutefois cantonnée au rôle de la belle qui succombe au charme du héros. Elle traverse de sa splendide plastique autant de séries B que de séries Z.  On la retrouve dans tous les genres du film d’aventures exotiques jusqu’à la science-fiction (Le  Maître du monde). Karin Booth disparaît des écrans à la fin des années 50.

La Folie de l’or est une petite pépite.

Fernand Garcia

La Folie de l’or est édité pour la première fois en DVD dans une édition spéciale, image et son superbement restaurés par Sidonis/Calysta dans la collection Western de légende. En complément deux présentations : une par François Guérif qui évoque le scénariste et romancier du film (5 minutes), l’autre par Patrick Brion qui revisite l’année 1952, une très bonne année pour le western. Découvert il y a 40 ans en salle, Brion en profite pour réajuster son jugement sur La folie de l’or (8 minutes). Enfin une galerie photos et la bande-annonce complètent la section des suppléments.

La Folie de l’or (Cripple Creek) un film de Ray Nazarro  avec George Montgomery, Karin Booth, Jerome Courtland, William Bishop, Richard Egan, John Dehner, Don Porter, Roy Roberts, George Cleveland… Scénario : Richard Schayer. Directeur de la photographie : William V. Skall. Consultant couleur : Francis Cugat. Décors : Charles Clague. Montage : Richard Fanti. Production : Resolute Picture – Columbia Pictures. Etats-Unis. 1952. 74 mn. Couleur (Technicolor). Format 1.33 :1. 16/9e  VOSTF. Tous Publics.

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