Bébé vampire – John Hayes

Par une nuit sinistre, dans un cimetière qu’une nappe de brume enveloppe, un cœur bat, puis une respiration… ce semblant de vie provient d’une tombe, imposante, une pierre usée par le temps et oubliée par les hommes… à quelques distances de là, Paul entraîne sa petite amie Leslie pour un voyage dont il ne devine pas encore l’épouvantable conclusion. Tandis qu’ils font route vers leur tragique destin, Caleb Croft sort de sa tombe… Là, où reposent les morts, Paul et Leslie débutent leur parade amoureuse mais c’est sans compter sur Caleb qui surgit des ténèbres. Il tue sauvagement Paul. Régénéré par le sang de Paul, Caleb viole la pauvre Leslie au fond d’une tombe… le cauchemar ne fait que commencer, la jeune femme est tombée enceinte…

Bébé vampire est une bonne surprise: vampires, spiritisme, dialogues sommaires, rupture de ton, érotisme, meurtres, douche, cocktail seventies des plus enthousiasmants. Tout d’abord parce que John Hayes avance rapidement, pas le temps de se poser de questions. Les thèses les plus farfelues sont exposées le plus sérieusement du monde. Ainsi, la banale discussion entre les deux policiers sur le meurtre et le viol qui ouvre le film est de ce point de vue-là des plus étonnantes. Comment croire à un crime commis par un mort sorti de la tombe ? Rien de plus simple : il suffit que les personnages soient convaincus de cette éventualité; le public entre à son tour dans le jeu. Le spectateur doit coller à la folie ambiante sous peine de rester sur le bas côté et ce serait bien dommage.

Bébé vampire met en parallèle une double histoire, celle d’un père “involontaire”, vampire revenu de l’au-delà et de sa progéniture à la recherche de ses origines. Le père et le fils sont deux personnages doubles, l’un côtoie la mort, l’autre – la vie. Antagonisme simple mais efficace.

John Hayes tourne son film en dix jours. Cette énergie déployée par John Hayes se ressent dans le film. Ses acteurs sont parfois au bord de l’épuisement ce qui curieusement ajoute un sentiment de fébrilité qui renforce l’angoisse distillée par le film. Pour aller aussi vite, il faut un scénario, l’intrigue doit tenir debout dans ses grandes lignes. La grande surprise est qu’il est signé par David Chase, le futur créateur des Soprano. Il revisite dans Bébé vampire autant la littérature anglo-saxonne gothique: Bram Stoker, Edgar Allen Poe, Howard Philip Lovecraft, que le cinéma de genre. Le film actualise le mythe du vampire. Nous retrouvons l’ambiance gothique des films de la Hammer: nuit, brouillard, cimetière, tombe imposante, pour s’en écarter rapidement par un saut dans le temps des plus surprenants. Les vampires d’Hayes et Chase sortent le jour et mènent une vie sociale. Et dans le cas du fils, il peut même résister à ses pulsions. Il est difficile de savoir, si le film reprend intégralement le scénario sans le consulter. Toujours est-il que Bébé vampire doit en suivre assez fidèlement la trame jusqu’à un dénouement classique mais particulièrement efficace.

Le père et le fils vampires sont incarnés par des vieilles connaissances du cinéma d’exploitation, Michael Pataki et William Smith.

Michael Pataki est monté en grade dans la hiérarchie des sueurs de sang en incarnant le comte Dracula dans Zoltan, le chien sanglant de Dracula (Dracula’s Dog, 1977) sous la direction d’Albert Band. La filmographie de Pataki est des plus impressionnantes, il s’y côtoie pêlemêle Easy Rider (1969), Les naufragés du 747 (Airport ’77, 1977), Rocky IV (1985), série B, téléfilms et séries tv (Batman, Mission impossible, Kung Fu, Drôle de dames, Star Trek: la nouvelle génération, etc.). Pataki a tâté de la réalisation avec l’efficace Mansion of the Doomed (1976, inédit en France) film d’horreur sous l’influence des Yeux sans visage avec les vétérans : Richard Basehart et Gloria Graham et avec Cinderella (1977) version érotico-musical de Cendrillon avec la belle Cheryl Smith.

La carrière de William Smith n’a rien à envier à celle de Michael  Pataki avec plus de 270 films et séries au compteur ! Tout fan de cinéma Bis l’a croisé plus d’une fois dans sa vie de cinéphage. Retenons son impressionnante interprétation d’une raclure de flic dans Rusty James (Rumble Fish, 1983), chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola.

Le titre Bébé Vampire ne reflète pas vraiment le film puisque le bébé grandit bien vite. Tourné en 1972 le film de John Hayes arrive sur les écrans français en 1977. Le distributeur de l’époque Audifilm a certainement voulu s’inscrire dans le sillage du Monstre est vivant (It’s Alive, 1975) de Larry Cohen, beau succès qui sera suivi d’une suite Les Monstres sont toujours vivants (It’s Lives Again, 1979).

Bébé vampire est un excellent exemple des productions indépendantes horrifiques américaines, sens du rythme et délire scénaristique, de quoi passer une frissonnante soirée.

Fernand Garcia

Bébé vampire est édité pour la première fois en DVD par Artus Films dans sa collection Horreur US en supplément : La tombe du vampire par Eric Peretti, grand connaisseur du cinéma d’exploitation. Une mine d’information sur le film, la carrière de John Hayes et ses principaux collaborateurs. Enfin, les Films-annonces de la collection Horreur US (Bébé vampire, The Killing Kind, Sauvage Week-end, Puppet Master et Tourist Trap).

Bébé vampire (Grave of the Vampire) un film de John Hayes avec Michael Pataki, William Smith, Lyn Peters, Diane Holden, Lieux Dressler, Eric Mason, Jay Adler, Inga Neilsen, Kitty Vallacher… Scénario : David Chase. Directeur de la Photographie : Paul Hipp. Décors et titre du générique : Earl Marshall. Effets spéciaux : Cliff Wingren. Montage : John Hayes. Musique : Jaime Mendoza-Nava. Producteur : Daniel Cady. Production : Millenium Production – Entertainment Pyramid. Etats-Unis. 1972. 85 minutes. Couleur (Eastmancolor) Format image : 1.85 :1 original respecté 16/9ème compatible 4/3 Versions : français, anglais Sous titres : français. Interdit aux moins de 12 ans.

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