The Stuff – Larry Cohen

Les premières minutes :

Lors d’une ronde de nuit à l’extérieur d’une usine, un surveillant (Harry Bellaver) repère dans la neige un truc bizarre : une matière blanche qui palpite. Poussé par la curiosité, il goûte cette étrange substance. Il la trouve délicieuse… Quelques années plus tard, Jason (Scott Bloom), un jeune garçon, n’arrive pas à dormir. Et puisqu’il a une petite faim, il descend à la cuisine. Dans le réfrigérateur, il découvre un pot de yaourt, The Stuff, renversé. Curieusement, son contenu revient de lui-même dans le pot. La découverte le tétanise. Tandis que son père (Robert Frank Telfer) le surprend, la substance réintègre intégralement son pot…

Le film :

The Stuff fait partie de ces séries B particulièrement réjouissantes. À partir d’un postulat simple et économique, Larry Cohen imagine une substance qui s’apparente au yaourt et qui, industrialisée à grande échelle, devient un produit de consommation très prisé. Mais, cerise sur le gâteau, cette substance qui lui donne un goût si particulier est vivante ! Et elle poursuit un but bien précis : transformer les humains en zombies.

Tous les films de Larry Cohen sont conçus autour d’une idée, généralement excellente. The Stuff n’échappe pas à la règle. Il reprend le principe de l’invasion extraterrestre et du contrôle des corps et des esprits, en introduisant l’organisme envahisseur directement dans le corps humain. Un thème classique qui remonte notamment à L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel et qui revient à la mode au début des années 1980 avec, entre autres, The Thing. Le film de Cohen est évidemment loin des effets spéciaux sophistiqués de John Carpenter. Nous sommes plutôt du côté du Blob et de ses suites, avec cette matière visqueuse et animée qui semble douée d’une vie propre.

Petite production selon les critères des majors hollywoodiennes, The Stuff ne manque toutefois pas d’ambition. Larry Cohen structure son histoire sur trois niveaux : la révolte d’un jeune garçon contre le Stuff ; un enquêteur engagé par les magnats de la crème glacée pour identifier la composition du yaourt ; et, enfin, la contamination progressive de la société par la publicité. Évidemment, ces trois lignes scénaristiques finissent par se croiser. Les scènes familiales, a priori banales, se métamorphosent alors en d’inquiétants moments à l’esthétique de spots publicitaires. Ainsi, le jeune garçon, seul à connaître la véritable nature du yaourt, se retrouve confronté à son père, sa mère et son frère, tous contaminés par la substance. À ces scènes de suspense, Larry Cohen ajoute quelques discrets plans chocs, mais surtout parsème son film d’un humour noir particulièrement bienvenu.

The Stuff est une satire de la société de consommation. Nous pourrions voir dans cette bactérie « extraterrestre » tout simplement un ingrédient d’un produit industriel qui finit par avoir des effets mortels sur l’organisme humain. C’est aussi la force de la série B que de pouvoir faire passer en contrebande des idées tout en restant dans le registre du film d’exploitation. Le propos de Larry Cohen est clairement exposé. Il maintient un rythme soutenu tout au long de l’histoire, au risque de quelques incohérences, mais celles-ci passent comme une lettre à la poste. La tournure paranoïaque de la dernière partie, avec un monde envahi par une nouvelle génération de zombies, n’est d’ailleurs pas sans évoquer la série Les Envahisseurs, imaginée dans les années 1960 par Larry Cohen. Le danger n’est plus l’empoisonnement du corps des bons Américains par le communisme, mais par un produit de consommation courante !

Fernand Garcia

The Stuff, une édition collector Rimini en combo (DVD + Blu-ray et livret). En complément : Une présentation du film par Mylène Da Silva, chroniqueuse de Welcome to Primetime Bitch !, qui analyse le film et les liens entre le monstre de It’s Alive et le monstre consommateur de The Stuff (14 minutes environ). Le Stuff, vous n’en aurez jamais assez !, un document tout à fait passionnant, émaillé d’entretiens avec Larry Cohen, qui revient sur le film et sa manière de travailler, «Réaliser un film est un processus difficile. Mais si vous êtes le capitaine du navire, comme je le suis, vous ressemblez plus à Charles Laughton dans Les Révoltés du Bounty qu’à un capitaine gentil et bienveillant ». Mais aussi avec Paul Kurta, producteur de plusieurs films du cinéaste, Kim Newman, critique, Andrea Marcovicci, actrice, et Steve Neill aux effets spéciaux (52 minutes). Du Blob au dessert, un livret conçu par Marc Toullec, afin de tout connaître du film.

The Stuff, un film de Larry Cohen avec Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Paul Sorvino, Danny Aiello, Patrick O’Neal, Scott Bloom, Catherine Schultz, Brooke Adams, Laurene Landon, Robert Frank Telfer, Harry Bellaver… Scénario : Larry Cohen. Directeur de la photographie : Paul Glickman. Décors : Marleen Marta & George Stoll. Costumes : Timothy D’Arcy. Maquillage FX : Ed French. FX : Bret Culpepper. FX mécanique : Steve Neill. Montage : Armond Lebowitz. Musique : Anthony Guefen. Producteur exécutif : Larry Cohen. Producteur : Paul Kurta. Production : Larco Productions – New World Pictures. États-Unis. 1985. 1h26. Technicolor. Panavision. Format image : 1,85:1. 16/9e Son : Version original sous-titrée en français et Version française. Dolby Audio (DVD) et DTS-HD (Blu-ray). Interdit aux moins de 12 ans.