Revenge – Coralie Fargeat

Jen (Matilda Lutz) est une fille hyper-sexy. Elle a accepté la proposition de son patron, Richard (Kevin Janssens), de passer un week-end dans une maison high-tech dans un désert de canyon. Tous les ans, Richard avec ses deux associés (Vincent Colombe, Guillaume Bouchède) s’adonnent à une passion, la chasse. Jen excite la convoitise de ses deux associés…

Revenge est un Rape and Revenge, sous-genre où l’héroïne violée se venge de ses agresseurs. Ce cinéma hyper-sexy et violent est apparu au début des années 70 avec  La dernière maison sur la gauche (1972) de Wes Craven. Il n’est un secret pour personne que ce film puisait son inspiration dans La Source (1960) d’Ingmar Bergman. On peut citer dans cette catégorie quelques réussites vraiment emblématiques du genre : Thriller – en grym film (1973) du suédois Bo Arne Vibenius, La proie de l’autostop (1977) de l’italien Pasquale Festa Campanile ou L’ange de la vengeance (1981) de l’américain Abel Ferrara. Quelque-uns de ces films d’exploitation peuvent s’interpréter comme pro-féministes, même s’il y a une surexploitation du corps de la femme et un voyeurisme malsain, ils n’en dénoncent pas moins les violences faites aux femmes et inversent les rapports de forces. De dominant, l’homme devient le dominé, et la femme, de victime dominée, se mue en dominante vengeresse. C’est la loi du talion. Schéma simple qui n’en donne pas moins des films où la psychologie des personnages s’exprime par leurs actes. C’est certainement les cinéastes japonais qui ont poussé le genre le plus loin avec un nombre considérable de films issus d’une production régulière, hélas, dont la très très grande majorité est invisible en France. Coralie Fargeat s’inscrit avec Revenge dans ce courant mais de manière plus soft (quoique que le sang coule) et c’est aussi la limite du film.

Les vêtements de Jen moulent parfaitement les contours de son corps, et le moindre du moindre de ses mouvements dégage une forte charge érotique. Fargeat érotise le moindre de ses déplacements. Jen est instantanément un objet de désir et de fantasme aux yeux des hommes dans la maison. Fargeat utilise avec intelligence l’espace ouvert de la maison, tout comme celui du désert qui l’entoure, l’ensemble fonctionne comme un piège qui se referme sur Jen mais qu’elle va petit à petit apprivoiser et dominer.

Revenge fonctionne non seulement sur un rapport dominant/dominé mais aussi sur un rapport de classe évident. Jen est une simple employée face à trois chefs d’entreprise conscients de leur pouvoir. Leur comportement envers Jen ne diffère en rien de celui dont ils doivent gratifier leurs subalternes. Ils vont plus loin avec elle parce qu’il s’agit d’une femme, et, dans leur esprit, elle doit se soumettre à leur désir. Elle ne représente rien pour eux. Laissée pour morte, empalée au fond d’un ravin, ils n’ont que des regrets de circonstance, mais Jen va ressurgir dans la vie et inverser tous les rapports.

Le corps de Jen est aussi une arme, ce que les trois lascars vont découvrir à leurs dépens. Contrairement à ses prédécesseurs dans le genre, Fargeat n’est pas dans la violence pure mais dans une dimension plus symbolique. A ce titre la séquence de la caverne est la plus réussie du film. Jen se soigne, seule, comme en son temps Rambo (1982). Le film est d’ailleurs plus proche de celui de Ted Kotcheff que du pur Rape and Revenge.

Fargeat ne cherche pas à faire plus fort ou plus crade dans l’exécution des hommes. C’est, si on s’attache au genre, un peu le point faible du film. La transgression se teinte des couleurs de l’acceptable. Pourtant la réalisatrice joue avec l’image machiste de nombre de films du genre tout en inversant par petite touche le visuel, en mettant par exemple le dernier des hommes totalement nu face à Jen. Revenge met en place une autre approche esthétique du féminisme à l’écran dans le périmètre du cinéma de genre en accord avec l’époque.

Le côté pop et coloré de Revenge s’inspire tout autant de Sergio Leone que de Kill Bill (2003) de Quentin Tarantino, qui lui-même s’inspirait pour le désert du visuel de La route de Salina (1970) de Georges Lautner. C’est une sorte de curieuse boucle qui fait qu’en s’inspirant d’un film américain on retombe sur un film français. Rien d’étonnant alors à ce que le film se termine sur une course sans fin dans les couloirs de la maison.

Matilda Lutz, cette très séduisante actrice italienne, est la révélation du film, son physique est fort bien mis en valeur, et elle se donne totalement à son rôle. Matilda Lutz ne nous est pas inconnue, nous l’avions découverte l’année dernière dans une bluette : Summertime, mais jamais nous n’aurions pensé qu’elle puisse tenir un tel rôle! Elle éclate littéralement dans ce film.

Des débuts prometteurs pour Coralie Fargeat avec un film que l’on aurait aimé aimer encore plus.

Fernand Garcia

Revenge un film de Coralie Fargeat avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède… Scénario : Coralie Fargeat. Image : Robrecht Heyvaert. Costumes : Elizabeth Bornuat.  Son : Zacharie Naciri. Montage : Coralie Fargeat, Bruno Safar, Jérôme Eltabet. Musique : ROB. Producteurs : Marc-Etienne Schwartz, Marc Stanimirovic. Production : Mes Productions – Monkey Pack Films. Coproduction : Charades –  Logical Pictures – Nexus Factory – Umedia. Distribution (France) : Rezo Films (sortie en salles le 7 février 2018). France. 108 minutes. Format image : 2.35 :1. Son : 5.1. Couleur. Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Sélection L’Etrange Festival 2017 – PIFFF 2017 – Gerardmer 2018.

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