Le Septième sceau – Ingmar Bergman

« Et quand l’agneau ouvrit le septième sceau, il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure, et les sept anges, qui avaient les sept trompettes, se préparèrent à en sonner. » Ainsi s’ouvre Le Septième sceau, 14e film d’Ingmar Bergman.

Max von SydowEntre un ciel plombé par de lourds nuages noirs et une plage de galets plane un rapace. Allongé sur un rocher, le Chevalier Antonius Block (Max von Sydow), un jeu d’échecs à ses pieds. A quelques mètres et son écuyer, Jöns (Gunnar Björnstrand), est endormi sur les galets. Ils s’en reviennent après dix ans de Croisade dans les lointaines Terres Saintes. Devant Le Chevalier apparaît La Mort (Bengt Ekerot). Le Chevalier n’est pas surpris, « Mon corps a peur, pas moi », Le Chevalier a pourtant une requête formuler : Il propose à La Mort une partie d’échecs. Il sait qu’elle joue, il l’a vu sur des peintures et entendu dans les chansons. L’enjeu de la partie est simple : tant que Le Chevalier résiste, il vit. La Mort accepte.

Sur ces terres sauvages où les superstitions pullulent, aiguisées par la religion, la peste noire étend son tapis de mort. Le Chevalier et son écuyer ne rencontrent que désespoir  et abattement. Ils croisent un petit groupe de comédiens qui arpentent eux aussi ces terres de désolation…

Le Septième sceau est une œuvre magistrale. C’est au Livre de l’Apocalypse, chapitre 8, verset 1, 6-11, que Bergman emprunte la citation et le titre de son film. Dès les premières images, il nous plonge dans un univers de doutes et de peurs. Son Chevalier est un homme désabusé, taciturne, un guerrier qui a affronté et donné la mort aux Croisades au nom de Dieu, mais tout cela dans quel but ? Sa dernière quête est métaphysique. Il retourne dans son pays où la foi vacillante est maintenue par la terreur. Jöns, son écuyer, garde les pieds sur terre. La séquence de la rencontre entre Jöns et le peintre est éclairante aussi bien sur les mentalités que sur la place de l’art en cette époque troublée. Pour l’écuyer, la danse macabre que termine le peintre est non seulement picturalement une croûte mais un mensonge qui participe de la terreur. Le peintre n’est pas dupe de sa création. Il répond à une commande. Il trouve une vague justification dans le fait qu’elle rappelle aux hommes qu’ils doivent mourir. Il est au service de l’obscurantisme. L’écuyer, quand à lui, revient au pays pour vivre. Nulle quête métaphysique chez lui. Le Chevalier et l’écuyer évoquent, dans un contexte différent, Don Quichotte et Sancho Panza. A la quête d’absolu du chevalier à la triste figure se substitue dans Le Septième sceau celle de Dieu.

Maud HanssonLe Chevalier Block est devenu un être insensible à la souffrance de l’autre. La jeune paysanne qu’il rencontre, attachée et destinée au bucher ne lui inspire aucune compassion. Sa seule interrogation est d’entendre de sa bouche si elle a eu commerce avec le diable. Mais la pauvre malheureuse est bien trop faible, exténuée, son corps n’est plus qu’une douleur aux mains des moines et des soldats. Elle reste muette comme le Dieu que Le Chevalier recherche.

Jöns ne croit plus en l’église, il connaît trop bien les faiblesses et les mensonges de l’homme, la mort, le néant, ne l’angoissent pas. Il sait instinctivement que toute vie est éphémère. En parallèle de l’histoire du Chevalier et de son écuyer, Bergman développe l’histoire des comédiens itinérants : Jof, le jongleur et de sa femme Mia. Ce couple renvoie clairement à Joseph et Marie, ils ont d’ailleurs un bébé. Jof s’invente un monde, il crée des histoires, écrit et interprète des chansons paillardes. Il est un homme de spectacle dont le but premier est de donner du plaisir à ses spectateurs. Il incarne le simple bonheur de vivre, sa femme le bonheur terrestre. Ils font face à la moquerie et à la violence.

Ingmar Bergman recrée l’iconographie du moyen-âge, ce mélange d’art païen et de religieux, de terreur et de dévotion, Le Septième sceau est un film admirable de bout en bout, dans lequel nous ne pouvons que louer l’interprétation magistrale, la beauté renversante des images, la composition du cadre et l’utilisation somptueuse du noir et blanc.  Bergman déploie une maitrise absolue de l’espace et du temps ; l’apparition de La Mort, les reprises de la partie d’échecs au gré de l’histoire.  Bergman y crée l’une des images les plus fortes et puissantes de l’histoire du cinéma : La Mort. Réussite absolue de stylisation et de jeu d’acteur. Visage blanc, longue cape noire, véritable chauve-souris, son image hante encore les salles obscures. Œuvre tout autant métaphysique que fantastique, Ingmar Bergman ouvre de nouveaux horizons cinématographiques avec le Septième sceau.

Le Septième sceau

Présenté en 1957 au Festival de Cannes, Le Septième sceau obtient le Prix spécial du jury. Œuvre d’une grande modernité, elle désoriente une partie des professionnels du cinéma tant elle échappe aux canons habituels du cinéma spectacle. La sanction ne se fait pas attendre : ils refusent tous de le distribuer en France. Près d’un an après sa première, c’est une salle de la rive gauche à Paris, la Pagode, qui le programme dans un premier temps puis qui en assure la distribution à travers la France. Le succès public est au rendez-vous et il ne se démentira jamais au gré de ses innombrables reprises. Le Septième sceau est aujourd’hui l’une des dates les plus importantes de l’histoire du cinéma, une source d’inspiration pour les cinéastes du monde entier et est régulièrement cité dans les meilleurs films de tous les temps.

Fernand Garcia

Biofilmographie d’Ingmar Bergman

 LE SEPTIEME SCEAU

Le Septième sceau (Det Sjunde Inseglet), un film d’Ingmar Bergman avec Max von Sydow, Gunnar Björnstrand, Nils Poppe, Bibi Andersson, Ake Fridell, Inga Jill, Bengt Ekerot, Gunnel Lindblom, Andres Ek, Lars Lind, Erik Strandmark. Scénario : Ingmar Bergman d’après sa pièce Peinture sur bois. Directeur de la photographie :  Gunnar Fisher. Décors : P.A. Lundgren. Costumes : Manne Lindholm. Montage : Lennart Wallén. Musique : Erik Nordgren. Producteur : Allan Ekelund. Production : Svensk Filmindustri. Suède. Noir et blanc. 90 mn. 1956. Prix Spécial du Jury, Festival de Cannes, 1957. Distribution salles : Carlotta. DVD disponible aux Editions StudioCanal (Edition collector) et en coffret Opening.

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