Kubrick – Bio-filmographie commentée

Kubrick 2001

Stanley Kubrick est né le 26 juillet 1928 à New York, dans le quartier du Bronx. Sa famille était originaire d’Europe centrale, son père était médecin. En 1945, Stanley Kubrick est embauché par le magazine Look. En 1948, il effectue un voyage au Portugal où il met en scène dans la ville de Nazaré l’errance d’un couple, lointaine ébauche photographique de son dernier film Eyes Wide Shut. En 1950, il quitte le magazine et se consacre définitivement à la réalisation.

Court-métrage SK

Après deux courts métrages inspirés de ses reportages photographiques, Day of the Fight, Flying Padre, et une commande du syndicat de marins, The Seafarers, il réalise en 1953 son premier film de long‐métrage Fear and Desire, qu’il considérera comme une oeuvre d’amateur sans intérêt. Réalisateur et producteur indépendant, il exerce toute les fonctions sur ses films : monteur, chef opérateur, ingénieur du son, mixeur. En 1956, il s’associe avec James B. Harris et ils créent la société Harris‐Kubrick Productions. L’ultime Razzia et Les Sentiers de la gloire attirent l’attention sur ce jeune cinéaste.
C’est Kirk Douglas qui l’impose sur Spartacus, grosse production des studios Universal. Ce succès permet à la Harris‐Kubrick de réunir les fonds pour Lolita. Kubrick s’installe en Angleterre pour le tournage du film, puis décide de rester. Cet exil volontaire lui permet d’être loin des décideurs américains et de pouvoir garder le contrôle artistique des ses
films. Ce film est la dernière production de la Harris‐Kubrick. James B. Harris deviendra à son tour réalisateur et restera un proche de Kubrick. Dr Folamour en 1963 frappe les esprits par son mélange de dérision cynique et de réalisme politique. En pleine guerre froide, le film est un succès aussi bien critique que public. Kubrick entreprend alors la réalisation d’un film de science‐fiction que la Metro‐Goldwyn‐Mayer accepte de financer. En 1968, trois ans après sa mise en chantier, 2001 : l’odyssée de l’espace sort sur les écrans. Il déroute et fascine tout à la fois. Ce chef‐d’oeuvre sonne aussi le glas artistique de la MGM. De nouveaux actionnaires videront de toute substance la Major et refuseront de financer Napoléon. Kubrick signe alors un contrat avec la Warner Bros. qui lui garantit une liberté artistique totale sur ses films. Cinq films majeurs, Orange Mécanique, Barry Lyndon, The Shining, Full Metal Jacket et Eyes Wide Shut, sur une période de vingt‐huit ans s’ensuivront. Stanley Kubrick est décédé le 7 mars 1999.

1953 Fear and Desire

Fear and Desire

« Fear and Desire était un navet très prétentieux. On y discernait bien un effort intellectuel mais exprimé grossièrement, misérablement et maladroitement. »

Stanley Kubrick

1955 Le baiser du tueur / Killer’s Kiss

killers kiss

« A mon avis, c’est vraiment du travail d’amateur. Le sujet était terriblement mauvais et mal développé, mais il m’a tout de même permis d’attirer l’attention. (…) Le seul fait notable à propos de Killer’s Kiss, c’est que, peut‐être, mais je n’en suis pas sûr, c’était la première fois qu’un film produit avec un financement entièrement privé était distribué dans les salles. »

Stanley Kubrick

1956 L’Ultime RazziaThe Killing

killing

« Dans L’Ultime Razzia, les gangsters meurent de la gangrène qu’ils ont eux-mêmes instaurée. Quand la police arrive sur les lieux, le travail a déjà été accompli par la volonté destructrice de l’homme. La morale n’est pas : « Tu as tué, tu dois mourir », mais : « Tu as tué, tu ne peux plus vivre ». Certainement que je suis moraliste, bien sûr que je suis pessimiste, mais moralisme et pessimisme sont deux concepts qui s’accordent trop, tout en étant divergents. Peut-être est-ce la vocation de l’artiste de prêter à confusion autant aux autres qu’à soi-même. »

Stanley Kubrick

1958 Les Sentiers de la gloirePaths of Glory

paths-of-glory

« C’est un film assez cyniquement romantique. En effet, le colonel Dax découvre la nature humaine sous sa forme la plus hideuse parmi les siens, et il voit un rayon de lumière chez les autres (scène finale, où la jeune allemande chante devant les soldats). L’homme est capable des choses les plus laides comme les plus belles. »

Stanley Kubrick

1959-1960 Spartacus

SPAtacus2

« (Spartacus est) le seul film sur lequel j’ai travaillé en tant qu’employé – et dans une telle situation, le réalisateur n’a pas vraiment de droits, sauf celui de la persuasion… et j’ai découvert que c’était se retrouver du mauvais côté du manche. Premièrement, vous ne réussissez pas souvent à persuader et même lorsque que vous y arrivez, cela prend tellement de temps que cela en devient ridicule. »

Stanley Kubrick

1961-1962 Lolita

Lolita4

« Ce qui place Lolita dans une catégorie à part, c’est qu’il faut percer progressivement la surface de la comédie qui enrobe l’histoire pour atteindre l’histoire d’amour tragique qu’il y a dessous. (…) En fait, Lolita est vraiment comme une partition musicale, avec une série d’attitudes et d’émotions qui vous emportent à travers l’histoire. (…) le film a perdu de sa valeur, à cause de cette impossibilité de montrer les choses érotiques. C’est la seule chose dans le film qui me déçoive. Si un puissant élément érotique avait été constamment présent, le film aurait été meilleur. »

Stanley Kubrick

1963 Dr Folamour ou Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe / Dr Strangelove or : How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb

dr.Strangelove

« Cette histoire est une espèce de cauchemar, de cauchemar réaliste. Et on y trouve le même degré de réalité et d’irréalité que dans les rêves. Tout se passe à un niveau très réaliste, et puis un petit détail vraiment bizarre survient. »

Stanley Kubrick

1964-1968 2001 : L’odyssée de l’espace2001 : A Space Odyssey

2001

« 2001 est une expérience non verbale. Sur les deux heures et dix‐neuf minutes que dure le film, il y a moins de quarante minutes de dialogues. J’ai voulu créer une expérience visuelle, qui évite le catalogage verbal et s’adresse directement au subconscient avec un contenu émotionnel et philosophique.  (…) depuis l’arrivée du parlant, l’industrie du film s’est montrée conservatrice et a misé sur le dialogue, les mots. La construction en trois actes est restée le modèle. Il est temps d’abandonner la vision conventionnelle du cinéma, le film comme prolongement de la pièce en trois actes. (…) Voyez, le problème, c’est que certaines personnes se contentent d’écouter et ne font pas réellement attention à ce qui est montré. Le cinéma n’est pas du théâtre. Tant que cette leçon fondamentale ne sera pas comprise, je crains que nous ne restions enchaînés au passé et que nous manquions de grandes possibilités du médium cinéma. »

Stanley Kubrick

1970-1971 Orange Mécanique / A Clockwork Orange

Orange Mécanique

« Au niveau conscient, Orange mécanique traite de l’immoralité qu’il y a à priver l’homme de sa faculté de choisir librement entre le bien et le mal, même si cela est fait dans l’intention d’améliorer la société – disons pour réduire la vague de criminalité. D’autre part, il fait la satire de la tentative du gouvernement pour introduire des conditionnements psychologiques afin de restaurer l’ordre et la loi. Tout cela est relié à la volonté d’organiser la société scientifiquement. »

Stanley Kubrick

1973-1975 Barry Lyndon

Barry Lyndon

« Barry Lyndon s’enferme lui‐même dans une cage dorée et à partir de là tout à le goût de l’amertume. (…) Thackeray dit qu’il a écrit « un roman sans héros ». Comment ne pas avoir de sympathie pour Barry ? Mais comment ne pas être conscient de ses faiblesses, comment ne pas voir ses impasses où le mènent son ambition et les limites de sa personnalité (qui viennent du développement de son cynisme) ? Selon les définitions traditionnelles, ce n’est, certes, ni un héros ni un méchant. Ainsi en va-t-il de la plupart des gens. »

Stanley Kubrick

1978-1980 The Shining

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« (…) si l’histoire est fantastique, comme dans 2001 ou The Shining, alors on cherche à la situer dans le cadre le plus réaliste possible. Et les gens doivent s’y conduire comme ils le font tous les jours. Leur comportement ne doit rien avoir de bizarre. C’est dans l’intrigue que se trouve l’étrange, mais le décor et l’interprétation doivent être aussi quotidiens que possible. »

Stanley Kubrick

1985 – 1987 Full Metal Jacket

FMJ Born

« La guerre du Vietnam aura servi, je pense, à illustrer, une fois de plus, qu’aujourd’hui aucun pays ne peut aller occuper un autre pays, si l’autre ne veut pas de lui. Maintenant que l’idée de guérilla est claire dans tous les esprits, je crois que tout cela – les Français chassés d’Algérie, les Russes qui souhaiteraient n’avoir jamais mis les pieds en Afghanistan -, tout cela prouve que ce genre de guerre ne sert à rien, du moins pour l’agresseur. »

Stanley Kubrick

1996-1999 Eyes Wide Shut

EWS1

« Je considère les pièces de Schnitzler comme des chefs-d’oeuvre d’écriture dramatique. Rares sont les auteurs qui ont à ce point percé la nature humaine, qui ont mieux compris la manière de penser, d’agir et d’être des gens. Et qui, en même temps, ont eu une vision globale des choses – une vision bienveillante, quoiqu’un brin cynique. »

Stanley Kubrick (1960)

Source des commentaires : Michel Ciment Kubrick, édition définitive CalmannLévy, 2011 – Entretien avec Michèle Halberstadt, Première n°127 – Octobre 1987. Ginna (Robert Emmet), The Odyssey Begins (1959), Entertainment Weekly, 9 avril 1999. Paul Duncan – Stanley Kubrick – Taschen, 2004. Jean-Michel Bouineau, Le petit livre de Stanley Kubrick – Edition SpartOrange, 1991. Terry Southern, Un entretien avec Stanley Kubrick (1962) in Les Archives Stanley Kubrick – Taschen, 2005. Colin Young, entretien avec Stanley Kubrick (1959) Film Quarterly in Les Archives Stanley Kubrick – Taschen, 2005. Eric Nordern, entretien avec Stanley Kubrick (1968) magazine Playboy in Les Archives StanleyKubrick – Taschen, 2005.  Raymond Haine, entretien avec Stanley Kubrick, Les Cahiers du Cinéma. Renaud Walter, entretien avec Stanley Kubrick, Positif n° 100-101. Entertainment Weekly, 1960. Kubrick, l’odyssée d’un solitaire – Les Inrockuptibles, hors série, 1999. Entretien avec Michel Ciment sur Full Metal Jacket, Positif n°601 et 602, Mars Avril 2011.

Biofilmographie commentée établie par Fernand Garcia