Belmondo tourne à un rythme effréné. Son nom figure désormais en haut de l’affiche et ses cachets augmentent au fil des succès. Il est aussi bien l’acteur de films populaires que celui des films d’auteur.
Pierrot le fou (1965) est un chef-d’œuvre. Plus naturel que jamais, Belmondo entraîne le film autant que le film l’entraîne. On le sent totalement libre, en pleine confiance. Comme pour À bout de souffle, Godard part d’une simple trame sur laquelle il tisse librement son intrigue. Belmondo est comme un poisson dans l’eau. L’entente avec Anna Karina est parfaite. Tous deux improvisent à partir des éléments que leur communique le cinéaste. Au noir et blanc d’À bout de souffle, Godard oppose ici un Scope aux couleurs de toute beauté. Dès sa sortie, Pierrot le fou s’impose comme un film aussi décrié qu’acclamé, avant de devenir une œuvre culte.

L’aventure et les voyages sont au programme de Tendre Voyou (1966), taillé sur mesure pour Jean-Paul Belmondo par Jean Becker et ses acolytes, Albert Simonin, Michel Audiard et Daniel Boulanger. Le film entraîne un séducteur parisien de Cannes jusqu’à un atoll de Polynésie. La distribution est royale : autour de Belmondo, on retrouve Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Geneviève Page, Mylène Demongeot et la belle actrice italienne Stefania Sandrelli. Petite curiosité, le personnage incarné par Belmondo porte le patronyme d’Antoine Maréchal, comme Bourvil dans Le Corniaud. Les deux acteurs vont bientôt se retrouver. Si le film ne trouve guère grâce aux yeux de la critique, il rencontre son public avec près de deux millions de spectateurs.
Le Voleur (1967) marque un retour à un cinéma plus sérieux. La mise en scène précise de Louis Malle permet à Belmondo de composer, tout en retenue, un personnage de voleur anarchisant. Ce beau film ne rencontre toutefois pas le succès escompté, le public étant davantage habitué aux interprétations exubérantes de l’acteur. Belmondo retrouve sa camarade du Conservatoire, Françoise Fabian, et donne pour la première fois la réplique à une charmante actrice québécoise, Geneviève Bujold, qu’il retrouvera quelques années plus tard dans L’Incorrigible (1975).

Ho ! (1968) est l’adaptation d’un roman noir de José Giovanni, réalisée par Robert Enrico. L’histoire est classique : un ancien coureur automobile, devenu chauffeur pour des truands, décide de monter un coup tout seul. Un rôle idéal pour Belmondo. Hélas, le film n’est pas à la hauteur des espérances. Enrico ne retrouve pas la hargne de son formidable Les Grandes Gueules (1965) et rate son coup. Ho ! est pourtant un succès public, avec près de deux millions de spectateurs. Belmondo s’apprête alors à enchaîner avec l’un des plus grands succès populaires de la fin des années 60…
Le Cerveau (1969) bénéficie de l’un des budgets les plus importants du cinéma français de l’époque. Après le triomphe du Corniaud (1965) et le succès phénoménal de La Grande Vadrouille (1966), Gérard Oury s’inspire de l’attaque du train postal Glasgow-Londres et du déménagement du siège de l’OTAN, consécutif au retrait de la France du commandement militaire intégré de l’organisation. L’énorme budget est réuni grâce à un accord entre Gaumont et Paramount, à la condition de tourner le film en deux versions, l’une française, l’autre anglaise. Belmondo et Bourvil se retrouvent pour la seconde fois. Entre-temps, Belmondo est devenu une immense vedette. À leurs côtés, David Niven, autre star internationale, et Eli Wallach, l’inoubliable Tuco du Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone. Vilipendé par une partie de la critique, Le Cerveau remporte un immense succès en France, avec 5,5 millions de spectateurs, et séduit également le public européen. En revanche, le film ne parvient pas à conquérir les États-Unis. Cette comédie bondissante et divertissante compte pourtant parmi les réussites de Gérard Oury.
François Truffaut avait écrit l’argument d’À bout de souffle. Depuis son premier long métrage, Les Quatre Cents Coups, il incarne le versant le plus accessible et le plus romanesque de la Nouvelle Vague. Une première rencontre avec Belmondo avait failli avoir lieu : un emploi du temps trop chargé avait empêché l’acteur d’incarner le pompier de Fahrenheit 451. Oskar Werner héritera finalement du rôle. Avec La Sirène du Mississippi (1969), Truffaut adapte un roman noir de William Irish en transposant son intrigue dans un contexte français. Louis Mahé épouse, à la suite d’une petite annonce, Julie Roussel (Catherine Deneuve), une femme d’une beauté saisissante. Mais Louis découvre bientôt que celle qu’il a épousée n’est pas celle qu’elle prétend être… La Sirène du Mississippi déconcerte le public, peu habitué à voir Belmondo dans un tel registre. Fragile, amoureux et bientôt victime de la femme qu’il aime, son personnage prend le contre-pied de l’image virile et conquérante à laquelle ses admirateurs sont attachés. Cette interprétation ne convainc pas tous les spectateurs, qui préfèrent retrouver l’acteur dans des rôles plus dynamiques, où il incarne une forme de séduction masculine triomphante. Il s’agit pourtant d’un excellent film, plus ambigu et plus sombre qu’il n’y paraît, qui dépasse malgré tout le million d’entrées en France.

Belmondo connaît un succès comparable avec le sympathique Un homme qui me plaît (1969), une comédie romantique dans laquelle il traverse les États-Unis en compagnie d’Annie Girardot, sous la direction de Claude Lelouch. Une belle expérience pour Belmondo, qui apprécie la liberté de tournage du réalisateur, auréolé de la Palme d’or obtenue avec Un homme et une femme.
Les années 60 ont fait de Jean-Paul Belmondo l’un des acteurs les mieux payés et l’une des plus grandes vedettes du cinéma français. Capable d’enchaîner les succès commerciaux et les films d’auteur, il a su conquérir un public très large sans renoncer aux cinéastes qui ont façonné la modernité du cinéma français. Les années 70 vont consacrer définitivement son statut de star.
Fernand Garcia

1960 À bout de souffle – Classe tous risques – Moderato cantabile – Les distractions – La Française et l’amour Gilles (segment L’Adultère) – Charlotte et son Jules (Court-métrage) – La Novice – La Ciociara. – 1961 Les Mauvais chemins – Une femme est une femme – Léon Morin, prêtre – Amours célèbres (segment Lauzun) – Un nommé La Rocca – Un cœur gros comme ça – Riviera-Story – 1962 Cartouche – Un Singe en hiver – Les Don Juan de la Côte d’Azur (non crédité) – 1963 Le Doulos – Il giorno più corto Erede Siciliano (non crédité) – Dragées au poivre – Peau de banane – L’aîné des Ferchaux – 1964 L’homme de Rio – 100.000 dollars au soleil – Échappement libre – La chasse à l’homme – Week-end à Zuydcoote – 1965 Par un beau matin d’été – Pierrot le fou – Les tribulations d’un Chinois en Chine – 1966 Tendre voyou – Paris brûle-t-il ? – 1967 Le voleur – Casino Royale – 1968 Ho ! – 1969 Le Cerveau – La sirène du Mississipi – Dieu a choisi Paris – Un homme qui me plaît.
Belmondo, le magnifique – Exposition et rétrospective du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027 à la Cinémathèque Française.