Jean-Paul Belmondo – Les années 70 2/3

L’Héritier (1973) est réalisé par le journaliste et fils spirituel de Jean-Pierre Melville, Philippe Labro. Le film raconte l’ascension d’un playboy et homme d’affaires qui, à la mort de son père, hérite d’un empire de presse. Connaissant particulièrement bien le milieu journalistique, Labro s’inspire de plusieurs affaires et personnalités du monde des médias. C’est un drame qui nous présente un Belmondo inhabituel, en costume trois-pièces. Le public apprécie cette nouvelle facette de l’acteur (2 millions de spectateurs), qui partage l’affiche avec une excellente comédienne italienne, Carla Gravina. Le film conforte Belmondo dans sa volonté de diversifier son registre.

Le Magnifique (1973) marque les retrouvailles de Jean-Paul Belmondo avec Philippe de Broca. Après Ursula Andress dans Les Tribulations d’un Chinois en Chine, c’est à la magnifique Jacqueline Bisset que revient l’honneur d’incarner la femme parfaite. Le film est une parodie des aventures de James Bond et des petits romans d’espionnage qui se vendent comme des petits pains depuis le triomphe sur les écrans de 007 et de ses nombreux imitateurs. Belmondo y tient un double rôle : celui d’un pauvre écrivain, d’un côté, et celui de sa créature, un espion séducteur et tombeur de ces dames, de l’autre.

Francis Veber, auteur du scénario, se sentant trahi par Philippe de Broca, exige que son nom soit retiré du générique. Le scénario est finalement crédité à Philippe de Broca et Jean-Paul Rappeneau. L’acteur Vittorio Caprioli incarne quant à lui l’odieux Karpof. Le film est produit par Jean-Paul Belmondo, Alexandre Mnouchkine et son associé Georges Dancigers. De bonnes idées et des situations savoureuses, mais un manque de rigueur qui entraîne parfois le film sur les pentes de la facilité. Les spectateurs sont néanmoins au rendez-vous : 2,8 millions d’entrées. Toujours est-il qu’avec le recul, Le Magnifique demeure l’une des meilleures comédies de Jean-Paul Belmondo.

Ses succès encouragent Belmondo, désormais producteur, à entreprendre un film plus ambitieux et plus difficile. Stavisky (1973) est un scénario de Jorge Semprun, l’un des fidèles collaborateurs de Costa-Gavras (Z, L’Aveu, etc.). Semprun suggère pour la réalisation Alain Resnais, pour lequel il a écrit La Guerre est finie. Belmondo permet ainsi à l’un des plus grands réalisateurs français de retrouver le chemin des studios, cinq ans après l’échec injuste de Je t’aime, je t’aime.

Stavisky dresse le portrait d’un aventurier de la finance dont les activités vont entraîner la chute d’un gouvernement. « … ce qui m’a séduit dans le personnage d’Alexandre Stavisky, c’est sa relation avec le théâtre, et le spectacle en général. Le souvenir que je garde de cette époque est du reste fortement teinté de théâtralité. Stavisky m’apparaissait comme un fantastique comédien, un héros de roman feuilleton… », précise Alain Resnais à la sortie du film (Écran 74). Stavisky est une merveille de mise en scène et de rigueur. Pourtant, présenté au Festival de Cannes en 1974, le film suscite un concert de critiques venimeuses, à quelques exceptions près. Belmondo paie peut-être ainsi plusieurs années de succès populaire. La carrière commerciale du film s’en ressentira sans doute. Il attire tout de même un million de spectateurs en France, soit le plus faible résultat de Belmondo durant les années 1970. Pour l’acteur, qui avait particulièrement besoin de la reconnaissance critique pour ce film, c’est la douche froide. Une cassure s’installe entre lui et la critique, et ne fera que s’accentuer par la suite. Sur le plan financier, Belmondo ne perdra pourtant pas d’argent dans l’aventure. Le temps a fait son œuvre : Stavisky est aujourd’hui considéré comme un classique et demeure l’une des plus belles interprétations de l’acteur. Avec son film suivant, Belmondo va revenir aux fondamentaux…

Peur sur la ville (1975) est l’un des polars français les plus emblématiques des années 1970. La réalisation d’Henri Verneuil se révèle particulièrement efficace. Le cinéaste s’inspire des polars urbains américains et italiens, notamment des fameux poliziotteschi. La traque, dans Paris, d’un psychopathe offre à Jean-Paul Belmondo l’occasion d’exécuter certaines de ses cascades les plus impressionnantes et les plus mémorables. Le film installe définitivement l’acteur parmi les grandes figures du polar à la française. Avec près de 4 millions de spectateurs, il compte parmi ses plus gros succès. Peur sur la ville demeure d’ailleurs l’un des films de Belmondo les plus diffusés et les plus populaires. Jean-Paul Belmondo est alors au sommet de sa gloire. Une partie de cette réussite doit aussi beaucoup à son ami René Chateau. D’abord attaché de presse de l’acteur, celui-ci est imposé par Belmondo sur l’ensemble de ses films à partir de Ho !. Pour Peur sur la ville, René Chateau conçoit l’affiche et imagine le nom de Belmondo comme une véritable marque, presque un logo. La campagne de lancement du film est un modèle de communication. Les deux hommes vont poursuivre pendant quinze ans une collaboration placée sous le signe du succès.

Fernand Garcia

Belmondo, le magnifique – Exposition et rétrospective du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027 à la Cinémathèque Française.