Jean-Paul Belmondo – Les années 60 2/3

Avec les années 1960, la carrière de Belmondo change de dimension. Il est désormais une vedette et peut s’aventurer dans des films beaucoup plus populaires. L’Homme de Rio, réalisé par Philippe de Broca en 1963, en est l’un des meilleurs exemples.

Véritable bande dessinée tournée en décors naturels, le film emprunte autant à Tintin qu’à Jules Verne. Courses-poursuites, aventures exotiques, cascades, humour et rythme effréné : Belmondo y trouve un rôle à sa mesure. Il court, saute, se bat, plaisante et accomplit lui-même une grande partie de ses cascades. Le film rencontre un immense succès et contribue à installer définitivement l’acteur au sommet du cinéma populaire français. Mais L’Homme de Rio représente aussi une rencontre déterminante dans sa vie. Sur le film, Belmondo fait la connaissance du producteur Alexandre Mnouchkine. Entre les deux hommes se noue une relation qui dépassera largement le simple cadre professionnel. Belmondo considérera Mnouchkine comme une sorte de second père. Ils travailleront par la suite à de nombreuses reprises et participeront, chacun à leur manière, à construire la carrière exceptionnelle de l’acteur.

Le tournage de L’Homme de Rio est lui-même une véritable aventure. L’équipe est réduite à treize personnes, acteurs et techniciens compris. Au Brésil, le système D prévaut. Belmondo effectue lui-même ses cascades sous la supervision de Gil Delamare, cascadeur hors pair qui deviendra l’un des grands spécialistes du cinéma français. Pourtant, l’une de ces cascades manque de tourner au drame. Accroché à une corde tendue entre deux immeubles, Belmondo avance au-dessus du vide. Soudain, la corde se détend et l’acteur ne peut plus progresser. Il reste ainsi suspendu pendant de longues minutes avant de parvenir à repartir. Lorsqu’il retrouve enfin la terre ferme, c’est un grand ouf de soulagement.

Aux côtés de Françoise Dorléac, la sœur de Catherine Deneuve, Belmondo forme un formidable couple. L’Homme de Rio est un excellent exemple de cinéma populaire, plein de fraîcheur, de fantaisie et d’inventivité. Le succès est au rendez-vous et le film ne cessera jamais d’être redécouvert. Dans les années 1980, Steven Spielberg rendra d’ailleurs hommage à Philippe de Broca. Dans une lettre adressée au réalisateur, il citera L’Homme de Rio parmi les sources d’inspiration de Les Aventuriers de l’Arche perdue. Une reconnaissance qui en dit long sur la modernité du film. Avec L’Homme de Rio, une nouvelle image de Belmondo s’impose : celle d’un acteur capable de faire le lien entre le cinéma d’auteur et le grand spectacle populaire. Après avoir été le visage de la modernité avec Godard, il devient l’un des grands héros du cinéma français.

Après les plages de Rio, c’est le désert marocain qui attend Belmondo pour une nouvelle aventure. Dans Cent mille dollars au soleil, réalisé par Henri Verneuil en 1964, il partage l’affiche avec Lino Ventura dans un face-à-face qui oppose deux des grandes gueules du cinéma français. Le film confirme surtout que Belmondo est désormais capable de porter de grandes productions populaires. La même année, le couple mythique d’À bout de souffle, Belmondo et Jean Seberg, se reforme pour une comédie policière aujourd’hui quelque peu oubliée : Échappement libre. Derrière la caméra, Jean Becker, cinéaste au style bien plus classique que celui de Godard. Le film, sans grande surprise, repose surtout sur le charme de ses deux vedettes. Belmondo y retrouve également ses camarades Michel Beaune et Jean-Pierre Marielle, ce dernier interprétant un improbable Hollandais.

L’acteur n’hésite pas pour autant à tourner dans des productions plus modestes. Il enchaîne ainsi La Chasse à l’homme (1964), d’Édouard Molinaro, et Par un beau matin d’été (1964), de Jacques Deray. Des films aux ambitions différentes, mais qui rencontrent tous deux une carrière honorable et témoignent surtout de l’attraction désormais exercée par le nom de Belmondo sur le public. Il est surtout devenu une vedette suffisamment importante pour être engagé dans des productions de premier plan. Henri Verneuil lui confie ainsi l’un des rôles principaux de Week-end à Zuydcoote, adaptation du roman de Robert Merle consacrée à la débâcle de juin 1940. Une nouvelle étape pour Belmondo, qui démontre qu’il peut désormais passer de l’aventure et de la comédie au film de guerre et au drame.

Changement de continent. Après l’Amérique latine, le duo Belmondo-De Broca s’envole vers l’Asie pour Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965). Cette fois, les moyens sont beaucoup plus importants que sur L’Homme de Rio. Philippe de Broca et Belmondo retrouvent leur goût commun pour l’aventure, les cascades et l’humour, mais à une échelle encore supérieure. Au cours du tournage, Belmondo tombe amoureux de sa partenaire, la sublime Ursula Andress. Quelques années plus tôt, elle était devenue du jour au lendemain un sex-symbol mondial en surgissant des flots dans James Bond contre Dr. No. Elle est alors la première des célèbres James Bond Girls et l’une des femmes les plus désirées du cinéma international. La liaison entre les deux acteurs, révélée par la presse à scandale quelques mois plus tard, fait rapidement le tour du monde.

Belmondo divorcera, mais Ursula Andress et lui ne se marieront jamais. Ils formeront pendant près de six ans un couple particulièrement médiatisé. Ils voyagent ensemble, se retrouvent sur leurs différents tournages et partagent leur vie entre la France et les États-Unis. Belmondo séjourne notamment dans la maison d’Ursula à Los Angeles. Cette relation lui permet aussi de mesurer directement sa popularité auprès du milieu du cinéma américain. Belmondo découvre qu’il n’est pas seulement une immense vedette en France : son nom et son visage sont également connus outre-Atlantique.

Belmondo reçoit de nombreuses propositions des majors américaines, mais il les refuse presque toutes. Parmi elles figure notamment un projet d’Howard Hawks, l’un des grands cinéastes hollywoodiens, réalisateur de Scarface et de Rio Bravo. Belmondo devait y incarner un mercenaire, mais le film ne verra finalement jamais le jour. Il aurait également pu être au générique de Grand Prix, importante production réalisée par John Frankenheimer en 1966 autour de pilotes de Formule 1. Le rôle qui lui était destiné sera finalement repris par Yves Montand. Sa seule véritable apparition dans une production hollywoodienne se fera presque par hasard. En 1967, alors qu’il accompagne Ursula Andress sur le tournage de Casino Royale, parodie débridée de James Bond, le producteur lui propose de participer à une séquence. Belmondo accepte pour le plaisir, dans une apparition qui tient davantage du gag que du véritable rôle. À sa grande surprise, son nom se retrouve pourtant en bonne place sur l’affiche, aux côtés de ceux de David Niven, Peter Sellers, Ursula Andress, Orson Welles et de nombreuses autres vedettes. Belmondo découvre ainsi qu’aux États-Unis aussi, son nom peut faire vendre un film. Mais Hollywood ne parviendra jamais vraiment à l’attirer.

Fernand Garcia

Belmondo, le magnifique – Exposition et rétrospective du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027 à la Cinémathèque Française.