Week-end de terreur – Fred Walton

Les films d’horreur sont souvent affaire de calendrier. De dates effroyables en rendez-vous fatidiques : du Vendredi 13 au couperet temporel de Shining, des fêtes annuelles – Noël, Halloween, bal de fin d’année – au retour du mal à date fixe, qu’il soit religieux ou laïque, tout peut devenir matière à épouvante. Le 1er avril, jour des plaisanteries et des canulars plus ou moins douteux, n’échappe pas à cette logique. Week-end de terreur se déroule précisément durant cette courte parenthèse où l’on rit de la bonne blague faite à l’autre, sauf que, dans le cas présent, celle-ci s’annonce mortelle. Le film de Fred Walton orchestre ainsi la rencontre du poisson d’avril avec une intrigue ouvertement héritée d’Agatha Christie et de son célébrissime Dix petits nègres / Ils étaient dix. Une filiation explicitement revendiquée, puisque la créatrice d’Hercule Poirot est nommément citée dans le film, comme pour mieux inscrire cette mécanique ludique et cruelle sous le signe du jeu… et du piège.

Profitant du week-end du 1er avril, des camarades de classe se retrouvent dans une grande bâtisse sur une île privée. Garçons et filles, jeunes et beaux, sont prêts à tous les délires, blagues douteuses et à la drague lourdingue et surtout plus si affinité. Le week-end démarre très mal avec une mauvaise plaisanterie sur le bateau qui fait la liaison entre le continent et l’île, fini par la disparition d’un jeune est défiguré. Mais la vie reprend vite son cours et les blagues s’enchaînent jusqu’à en devenir sanglantes. Qui est derrière tout se déchaînement épouvantable où les uns après les autres disparaissent dans des morts violentes. Week-end de terreur est souvent rangé parmi les slashers « atypiques » que l’on associe volontiers aux années 80. Un film porté par une réalisation solide et précise de Fred Walton, cinéaste discret mais exigeant. Celui-ci s’était déjà fait remarquer avec l’excellent thriller Terreur sur la ligne (When a Stranger Calls, 1979), où une baby-sitter, incarnée par Carol Kane, est harcelée au téléphone par un mystérieux inconnu.

Fred Walton manifeste une prédilection évidente pour les récits de suspense tendus, construits sur la durée, où la terreur surgit par touches, au détour d’un dispositif en apparence banal. S’il n’a jamais signé de véritable succès commercial susceptible de le propulser au sommet du cinéma de genre, la rigueur de sa mise en scène lui a néanmoins permis d’inscrire ses films dans leur époque, tout en leur assurant une forme de pérennité. Après Week-end de terreur, Walton se tournera principalement vers la télévision, ne revenant qu’une dernière fois au grand écran avec The Rosary Murders, thriller situé dans le milieu de l’Église catholique, interprété par Donald Sutherland et coécrit par le romancier Elmore Leonard. Fred Walton est un cinéaste davantage attaché à l’atmosphère et à la tension qu’aux effets spectaculaires.

Le scénario est signé Danilo Bach, qui venait tout juste de connaître un succès retentissant avec Le Flic de Beverly Hills (Beverly Hills Cop, 1984). En plus d’un triomphe public, le film lui vaut une nomination à l’Oscar du meilleur scénario. Une reconnaissance éclatante, suivie pourtant d’une trajectoire étonnamment discrète : Bach disparaît progressivement des radars hollywoodiens et ne collaborera plus que de manière anonyme ou marginale à quelques scénarios, comme si cette réussite fulgurante avait paradoxalement refermé les portes. Week-end de terreur est produit par Frank Mancuso Jr., fils de Frank Mancuso Sr., alors président de la Paramount Pictures (de 1984 à 1991), avant de prendre la tête de la Metro-Goldwyn-Mayer dans les années 1990. Mancuso Jr. fait ses premières armes dans la production avec Le Tueur du vendredi (Friday the 13th Part 2, 1981), second volet de Vendredi 13, immense succès populaire. Il devient rapidement le producteur officiel de la franchise, contribuant à en façonner l’identité industrielle et un brin répétitive.

Par la suite, Mancuso Jr. s’impose comme un producteur éclectique, se consacrant notamment au cinéma fantastique avec La Mutante I&II (Species I&II, 1995 et 1998), mais aussi à des projets plus réalistes comme le néo-polar Ronin (1998) de John Frankenheimer, célèbre pour ses spectaculaires scènes de poursuites automobiles entre Paris et la Côte d’Azur. Enfin, Mancuso Jr. produira un remake de Week-end de terreur, réalisé par The Butcher Brothers en 2008, preuve que le scénario original conservait une solidité certaine. Une reconnaissance tardive de la pertinence de son dispositif, qui tentait déjà de renouveler le slasher en l’adossant aux mécanismes ludiques et pervers de la murder party.

Week-end de terreur est un slasher soft qui, plutôt que de miser sur l’accumulation de cadavres et la surenchère graphique, préfère jouer la carte de la disparition progressive des personnages. Ici, pas de psychopathe sanguinaire rôdant autour de la maison, mais un travail constant du hors-champ : le vent, les bruits, l’obscurité, autant d’éléments qui substituent l’attente à l’impact, la suggestion à l’exhibition brutale. C’est peu, beaucoup, ou peut-être insuffisant selon les attentes du spectateur, mais le film parvient néanmoins à maintenir son emprise jusqu’à une révélation finale qui ne manque pas d’un certain piquant. En déjouant les codes du slasher, Week-end de terreur se métamorphose lui-même en un véritable poisson d’avril : une plaisanterie cruelle, ludique et parfaitement cohérente avec son dispositif.

Fernand Garcia

Week-end de terreur rejoint la précieuse collection Angoisse en combo (BR + DVD + livret) de Rimini Éditions, dans une édition soignée qui accompagne intelligemment la redécouverte du film. En supplément, on trouve Week-end de terreur, l’influence de Fred Walton sur le slasher, une présentation signée Mylène Da Silva de la chaîne Welcome to Prime Time, Bitch. En une douzaine de minutes, cette intervention revient sur une « œuvre encore trop méconnue », tout en proposant un utile panorama historique du cinéma slasher, permettant de mieux situer le film dans son contexte esthétique et commercial. L’édition s’accompagne également d’un livret de 24 pages, Farces et attrapes, signé Marc Toullec, qui prolonge la réflexion autour du film et de son dispositif ludique. Un complément éditorial pertinent, en phase avec la singularité de Week-end de terreur, et qui confirme le sérieux de cette sortie vidéo.

Week-end de terreur (April Fool’s Day), un film de Fred Walton avec Jay Baker, Deborah Foreman, Lloyd Berry, Deborah Goodrich, Ken Olandt, Griffin O’Neal, Leah King Pinsent, Clayton Rohner, Amy Steel, Thomas F. Wilson, Pat Barlow, Tom Heaton… Scénario : Danilo Bach. Directeur de la photographie : Charles Minsky. Directeur artistique : W. Stewart Campbell. FX : Reel EFX, Inc. Monteur : Bruce Green. Musique : Charles Bernstein. Producteur : Frank Mancuso, Jr. Production : Hometown Films – YCTM Productions – Paramount Pictures. États-Unis. 1986. 89 minutes. Metrocolor. Panavision anamorphique. Format image : 2,35:1. Son : Version originale avec sous-titres français en 5.1 et 2.0 et Version française 2.0. DTS-HD. interdit aux moins de 12 ans.