Le film policier asiatique, les indispensables 2/3 – Cinémathèque Française

Présentation et programme – Partie 2-3

Les films au programme :

Ichi the Killer (Koroshiya 1, 2001 – Japon – 129 min) de Takashi Miike d’après le manga Ichi the Killer d’Hideo Yamamoto, dimanche 15 février à 17h00.

Le chef d’un gang de yakuzas vient de disparaître. Persuadé que son patron s’est fait enlever par une bande rivale, son bras droit Kakihara va laisser libre court à ses instincts de psychopathe pour débusquer le coupable. Durant sa traque, le nom de « Ichi » est sur toutes les lèvres. Mais qui se cache derrière ce tueur solitaire ?

Film culte du cinéma japonais contemporain, aussi fascinant que dérangeant, Ichi the Killer plonge dans l’univers ultra-violent et nihiliste de la pègre tokyoïte. Dans une inlassable quête d’outrance au mauvais goût assumé, Takashi Miike y déploie une mise en scène excessive et provocatrice qui embrasse la folie de son héros jusqu’au grotesque, mêlant violence graphique, humour noir et réflexion sur la domination, la douleur et le vide moral. Œuvre radicale, Ichi the Killer divise autant qu’elle marque durablement les esprits.

Infernal Affairs (Mou gaan dou, 2002 – Hong Kong – 97 min) de Andrew Lau et Alan Mak, dimanche 15 février à 19h45.

A Hong Kong, la police locale et une triade se livrent à une lutte impitoyable. Pour défendre ses intérêts, Sam, le parrain de la mafia, décide d’infiltrer Lau dans la police où il gravit rapidement les échelons. Dans le même temps, le commissaire Wong envoie son meilleur élément, Chan, comme taupe dans la mafia. Le jour où police et mafia se rendent compte qu’une taupe est infiltrée dans chacun des camps, une course contre la montre s’engage. Les démasquer se réduit peu à peu à un duel entre Chan et Lau, deux hommes qui, chacun à leur façon, ne supportent plus leur double identité…

Infernal Affairs est un polar qui s’inscrit dans la pure tradition hongkongaise du film de pègre. Tendu et stylisé, le film suit un jeu de miroirs entre deux hommes : un policier infiltré dans la mafia et un gangster infiltré dans la police, chacun cherchant à démasquer l’autre avant d’être découvert. Porté par le face-à-face enlevé entre Andy Lau et Tony Leung Chiu-wai, le récit explore les thèmes de l’identité, de la loyauté et de la culpabilité. Avec sa mise en scène nerveuse et son suspense psychologique, Infernal Affairs, le premier volet de la trilogie, s’est imposé comme un classique du cinéma asiatique, inspirant notamment Martin Scorsese pour Les Infiltrés (The Departed, 2006).

The Killer (Dib hyut seung hung, 1989 – Hong Kong – 111 min) de John Woo, mercredi 25 février à 19h00.

Jeff est un tueur professionnel. Lors de l’exécution d’un contrat, il blesse accidentellement aux yeux une jeune chanteuse, Jenny. Rongé par le remords, il accepte d’éliminer un parrain des Triades afin de réunir la somme nécessaire à la transplantation de cornée dont Jenny a besoin. L’affaire tourne mal et Jeff se retrouve à la fois poursuivi par ses employeurs et par un policier acharné, l’inspecteur Li.

Polar hongkongais emblématique, devenu culte pour son style visuel et émotionnel, The Killer suit Ah-Jong (Jeff), un tueur à gages solitaire et méthodique, qui cherche à se racheter après avoir accidentellement rendu aveugle une chanteuse innocente. Entre codes d’honneur, amitié impossible et violence chorégraphiée, John Woo mêle action spectaculaire et mélodrame tragique. Hommage à Melville et Scorsese, œuvre lyrique au spectacle virtuose, véritable manifeste du cinéma de John Woo, The Killer a profondément influencé le film d’action moderne dont Tarantino.

Memories of Murder (Salinui chueok, 2003 – Corée – 130 min) de Bong Joon-ho, samedi 14 février à 14h30.

En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d’une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d’autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n’a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d’actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d’un policier local et d’un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l’absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute…

Deuxième long métrage de Bong Joon-ho, Memories of Murder est un coup de maître. Polar inspiré de faits réels survenus en Corée du Sud dans les années 1980, Memories of Murder suit l’enquête chaotique de deux détectives aux méthodes opposées, confrontés à une série de meurtres non résolus. Mêlant suspense, tragédie, humour noir et critique sociale, Bong Joon-ho dresse le portrait d’une société déliquescente de manière virtuose. Œuvre marquante du cinéma coréen, le film se distingue par sa mise en scène maîtrisée et sa réflexion troublante sur l’incompétence de la police et l’échec de la justice.

Old Boy (Oldeuboi, 2003 – Corée – 119 min) de Park Chan-wook d’après le manga Old Boy de Nobuaki Minegishi, jeudi 19 février à 18h00.

A la fin des années 80, Oh Dae-soo, père de famille sans histoire, est enlevé un jour devant chez lui. Séquestré pendant plusieurs années dans une cellule privée, son seul lien avec l’extérieur est une télévision. Par le biais de cette télévision, il apprend le meurtre de sa femme, meurtre dont il est le principal suspect. Au désespoir d’être séquestré sans raison apparente succède alors chez le héros une rage intérieure vengeresse qui lui permet de survivre. Il est relâché 15 ans plus tard, toujours sans explication. Oh Dae-soo est alors contacté par celui qui semble être le responsable de ses malheurs, qui lui propose de découvrir qui l’a enlevé et pourquoi. Le cauchemar continue pour le héros.

Thriller aussi violent que fascinant, Old Boy est devenu un film culte du cinéma contemporain. Il raconte l’histoire d’Oh Dae-soo, un homme ordinaire séquestré pendant quinze ans sans connaître la raison de son enfermement, puis soudainement relâché. Livré à lui-même, il se lance dans une quête obsessionnelle pour découvrir la vérité et se venger. Porté par une mise en scène audacieuse, une atmosphère sombre et un scénario aux rebondissements glaçants, Old Boy explore les thèmes de la vengeance, de la mémoire, de la culpabilité et du tabou, avec une intensité rare. Deuxième volet d’un triptyque sur la vengeance, le film s’articule autour d’un récit déstabilisant situé entre réalisme et onirisme. Old Boy a remporté le Grand Prix à Cannes en 2004.

PTU (Police Tactical Unit) (2003 – Hong Kong – 88 min) de Johnnie To, dimanche 22 février à 17h00.

Le sergent Lo se fait voler son arme un soir. Un officier de la Police Tactical Unit, une unité spéciale de Hong Kong, promet de la lui rapporter avant la fin de la nuit, et part à sa recherche avec son équipe. En parallèle, Ponytail, le fils du chef d’une des triades, se fait assassiner et ce dernier croit que l’assassin de son fils n’est autre qu’un membre d’une triade rivale. Il est plus de minuit et la nuit ne fait que commencer pour tout le monde, flics et voyous. Dans un Hong Kong vide de ses habitants, la chasse est ouverte…

PTU (Police Tactical Unit) est un polar nocturne tendu et minimaliste, emblématique du cinéma hongkongais. Le film suit une unité spéciale de police chargée de retrouver l’arme perdue d’un inspecteur, au fil d’une nuit étouffante dans les rues de Hong Kong. À travers une mise en scène épurée, des silences pesants et une gestion magistrale de l’espace urbain, Johnnie To transforme une intrigue simple en une réflexion sur la loyauté, l’autorité et la fragilité de l’ordre. Un film à l’atmosphère hypnotique, où chaque geste compte autant que chaque regard.

La Pègre (Haryu insaeng, 2004 – Corée – 102 min) de Im Kwon-taek, jeudi 19 février à 20h30.

Pour survivre dans la société violente et chaotique qui l’entoure, Choi Tae-woong n’a pas hésité à choisir la voie du crime. Dans cet univers, tout repose sur le rapport de force entre les gangs et les étranges liens qu’ils entretiennent avec le pouvoir en place… Avec l’arrivée d’un nouveau régime décidé à réprimer les activités illicites, Tae-woong change de camp et tente de rentrer dans le droit chemin. Mais il se retrouve dans un monde tout aussi impitoyable et corrompu. Au nom de sa quête incessante d’argent et de pouvoir, Tae-woong ira-t-il jusqu’à sacrifier tout ce qui a encore un peu de valeur pour lui ?

Fresque sombre et ample plongée dans la Corée des années 1960, La Pègre suit un réseau de petites frappes attirées par l’appât du gain. Fresque à l’impressionnante ambition narrative, à travers ce récit de gangsters, des bas-fonds aux bouleversements politiques, Im Kwon-taek dresse un portrait critique d’une société en pleine mutation, où les rêves de réussite se heurtent à la brutalité du réel. Une œuvre à la fois âpre et élégante, portée par une mise en scène maîtrisée et un regard lucide sur l’histoire coréenne.

Police Story (Ging chaat gu si, 1985 – Hong Kong – 85 min) de Jackie Chan, samedi 21 février à 15h00.

L’inspecteur Chan se voit confier la protection d’une femme, petite amie d’un parrain de la mafia que Chan essaye de mettre sous les verrous depuis plusieurs mois. En moins de 48h, il va devoir faire face à cette mission, à sa fiancée qui le croit infidèle et à la horde de mafieux qui veut le mettre hors-circuit.

Réalisé et interprété par Jackie Chan, Police Story est un film d’action emblématique du cinéma hongkongais. Mêlant humour, cascades spectaculaires et scènes de combat d’une inventivité folle, le film se distingue par son rythme effréné et son réalisme physique. Véritable triomphe à Hong Kong, Police Story voit naître la marque de fabrique de Jackie Chan, cocktail de comédie slapstick, de cascades d’anthologie réalisées sans doublure et de polar urbain. Considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de Jackie Chan, Police Story a profondément marqué le cinéma d’action par son énergie et son audace.

The Raid (Serbuan maut, 2011 – Indonésie – États-Unis – 101 min) de Gareth Evans, vendredi 20 février à 18h00.

Au cœur des quartiers pauvres de Jakarta, se trouve une citadelle imprenable dans laquelle se cache le plus dangereux trafiquant du pays. Une équipe de policiers d’élite est envoyée donner l’assaut lors d’un raid secret mené aux premières lueurs du jour. Mais grâce à ses indics, le baron de la drogue est déjà au courant et a eu amplement le temps de se préparer. A l’instant où le groupe d’intervention pénètre dans l’immeuble, le piège se referme : les portes sont condamnées, l’électricité est coupée et une armée d’hommes surentraînés débarque. Piégés dans cet immeuble étouffant, les policiers vont devoir se battre étage après étage pour avoir une chance de survivre.

Film d’action indonésien coup-de-poing devenu culte pour son intensité et son réalisme, le récit de The Raid suit une unité d’élite de la police envoyée pour investir un immeuble délabré de Jakarta contrôlé par un puissant baron de la drogue, mais l’opération tourne rapidement au cauchemar. Huis clos étouffant, combats chorégraphiés avec une brutalité inédite et mise en scène nerveuse font du film une référence majeure du cinéma d’action moderne, révélant au monde le pencak silat, un art martial indonésien, et l’acteur Iko Uwais. Conçu comme un terrain de jeu vertical, une avancée bouillonnante, où l’intensité monte d’un cran à chaque étage, The Raid est un shot d’action aussi vertigineux que spectaculaire.

The Raid 2 (Serbuan maut 2 : Berandal, 2014 – Indonésie – États-Unis – 148 min) de Gareth Evans, vendredi 20 février à 20h30.

Après un combat sans merci pour s’extirper d’un immeuble rempli de criminels et de fous furieux, laissant derrière lui des monceaux de cadavres de policiers et de dangereux truands, Rama, jeune flic de Jakarta, pensait retrouver une vie normale, avec sa femme et son tout jeune fils…. Mais il se trompait. On lui impose en effet une nouvelle mission : Rama devra infiltrer le syndicat du crime, où coexistent dans une sorte de statu quo mafia indonésienne et yakusas. Sous l’identité de « Yuda », un tueur sans pitié, il se laisse jeter en prison afin d’y gagner la confiance d’Uco, le fils d’un magnat du crime indonésien – son ticket d’entrée pour intégrer l’organisation. Sur fond de guerre des gangs, il risquera sa vie dans un dangereux jeu de rôle destiné à porter un coup fatal à l’empire du crime.

Film d’infiltration au récit épique, The Raid 2 prolonge l’expérience explosive du premier film en élargissant considérablement son univers. The Raid 2 délaisse la tour du premier opus et se meut en une fresque mafieuse baroque. On y suit Rama, infiltré au cœur de la pègre de Jakarta, plongé dans un engrenage de corruption, de trahisons et de luttes de pouvoir. Plus ambitieux et narratif que son prédécesseur, le film mêle thriller criminel et arts martiaux avec une mise en scène virtuose. Réputé pour ses combats d’une intensité et d’une précision exceptionnelles, dans la lignée des grands polars hongkongais, The Raid 2 s’impose comme une référence du cinéma d’action moderne.

Longtemps cantonné aux marges, relégué aux arrière-salles des vidéoclubs et aux copies usées échangées entre cinéphiles, le polar asiatique a connu une reconnaissance tardive mais fulgurante. Au mitan des années 1990, le regard occidental se retourne enfin vers l’Est grâce au travail de passeurs passionnés (Les Cahiers du cinéma, Starfix, HK Vidéo). Des noms s’imposent alors comme des évidences. Ringo Lam électrise le film criminel par sa brutalité sèche – sans City on Fire, pas de Reservoir Dogs -, Takeshi Kitano en révèle la dimension mélancolique et absurde, tandis que Tsui Hark dynamite les codes par une mise en scène en perpétuel mouvement. La sortie internationale de The Killer agit comme un détonateur. John Woo et Chow Yun-fat gravent dans l’imaginaire collectif une esthétique baroque et opératique dont l’influence irrigue toujours aujourd’hui le cinéma mondial.

Depuis cette onde de choc, le polar asiatique n’a cessé de se réinventer. À Hong Kong, Johnnie To en a épuré les lignes, transformant les règlements de comptes en ballets géométriques où l’amitié et la loyauté pèsent aussi lourd que les armes. Au Japon, Kiyoshi Kurosawa détourne le film criminel vers une inquiétante étrangeté, où le mal se diffuse de manière insidieuse et presque abstraite, tandis que Takashi Miike en repousse les limites par une radicalité provocatrice, mêlant violence extrême, humour noir et expérimentation formelle. En Corée du Sud, le genre se teinte d’une noirceur nouvelle. Park Chan-wook en fait un laboratoire de la vengeance et de la perversion morale, tandis que Na Hong-jin pousse la violence jusqu’à l’épuisement, dans un chaos fiévreux et viscéral. À leurs côtés, Bong Joon-ho brouille les frontières entre polar, satire sociale et tragédie, et Kim Jee-woon explore avec virtuosité toutes les variations du crime, du thriller stylisé à la fresque hallucinée.

C’est cette histoire, riche et contrastée, que la Cinémathèque française propose de retracer à travers une rétrospective d’« indispensables ». Une sélection qui célèbre autant les œuvres fondatrices que les métamorphoses contemporaines du genre, et rappelle combien le polar asiatique, loin d’être un simple cinéma de genre, constitue un formidable terrain d’expérimentation formelle et politique. Une invitation à (re)découvrir des films qui, de la fureur lyrique à la noirceur la plus intime, ont durablement redéfini notre manière de filmer le crime.

Des séances avec dialogues sont également au programme le samedi 14 février à 14h30 avec Jean-François Rauger après la projection de Memories of Murder(2003) de Bong Joon-ho, le dimanche 22 février à 17h00 avec Frédéric Ambroisine après la projection de PTU (Police Tactical Unit) (2003) de Johnnie To, et le dimanche 1er mars à 14h30 avec Clément Rauger après la projection de Sonatine, mélodie mortelle(1993) de Takeshi Kitano.


Afin de ne rien manquer de cet évènement, rendez-vous à La Cinémathèque française du 11 février au 1er mars 2026.

Steve Le Nedelec