Jean-Paul Belmondo – Les années 70 1/3

Jean-Paul Belmondo et Alain Delon se sont croisés à plusieurs reprises au cours de leur carrière, des castings aux petits rôles dans des films communs. Ils sont devenus les deux grandes stars du cinéma français, fascinant le public, mais de manière différente. L’un cultive une proximité chaleureuse avec les spectateurs, tandis que l’autre, plus ténébreux, est auréolé d’une part de mystère. Alain Delon nourrit alors le projet de les réunir à l’écran, à l’image de Paul Newman et Robert Redford dans Butch Cassidy et le Kid. Il découvre l’histoire de deux caïds marseillais des années 1930, Paul Carbone et François Spirito. Après quelques hésitations, Belmondo accepte. D’un commun accord, les deux acteurs choisissent Jacques Deray pour réaliser le film, lui qui a déjà dirigé Belmondo dans Par un beau matin et Delon dans La Piscine. Borsalino (1970) est un événement.

Le film de Jacques Deray n’est pas une reconstitution fidèle de la pègre marseillaise, mais une fantaisie cinématographique conçue pour réunir les deux stars à l’écran. À la sortie de Borsalino, Belmondo découvre sur l’affiche la mention « Alain Delon présente », en lieu et place de la seule mention d’Adel Productions, la société de production de l’acteur de Plein Soleil. Il n’apprécie ni cette entorse à leur accord ni la présence de Delon à deux reprises sur l’affiche. Il intente un procès à son partenaire, devenu producteur, et obtient gain de cause. Mais c’est surtout la répartition des recettes qui cristallise les tensions.

Borsalino est un énorme succès, dépassant le million d’entrées à Paris et totalisant finalement près de cinq millions de spectateurs en France. La brouille entre les deux acteurs, tout comme leur rivalité, est entretenue par la presse, qui contribue à en faire un feuilleton. Belmondo acceptera néanmoins que Borsalino and Co., la suite du film, s’ouvre sur une photographie de son personnage, mort dans le premier volet. Cette aventure judiciaire n’est pas sans conséquences sur sa carrière : à l’image de Delon, Belmondo se lance à son tour dans la production et entend désormais maîtriser davantage le destin de ses films.

À la suite de cet événement cinématographique, Belmondo s’embarque dans un film de cape et d’épée, Les Mariés de l’an II (1971). Il s’agit du deuxième long métrage de Jean-Paul Rappeneau, après le pétillant La Vie de château (1966). Cette nouvelle production, particulièrement ambitieuse, se déroule pendant la Révolution française. Le scénario de Rappeneau est retravaillé par Claude Sautet, Maurice Clavel et Daniel Boulanger. Devant le coût du projet, Alexandre Mnouchkine renonce à le produire. Alain Poiré reprend alors le film avec une idée en tête : en réduire considérablement le budget en tournant en Roumanie. Il connaît déjà le pays pour y avoir produit Les Fêtes galantes de René Clair en 1966. Le film peut finalement voir le jour, avec, aux côtés de Belmondo, l’une des actrices les plus populaires du cinéma français, Marlène Jobert. Sur le tournage, Belmondo rencontre Laura Antonelli. L’attirance est réciproque et les deux acteurs tombent amoureux. Le film est présenté en première mondiale au Festival de Cannes en 1971. Les Mariés de l’an II constitue un nouveau succès public pour Belmondo, avec près de trois millions de spectateurs.

Après la Roumanie, Belmondo met le cap sur la Grèce. À Athènes, Henri Verneuil l’attend pour Le Casse (1971). Dans ce polar plaisant et spectaculaire, il lui donne pour partenaire Omar Sharif. L’acteur du Docteur Jivago compose, avec un charme indéniable, un policier particulièrement retors et totalement corrompu. Dans les seconds rôles, Robert Hossein est excellent, tandis que l’Américaine Dyan Cannon incarne une femme fatale comme on les aime. Belmondo y exécute une cascade automobile d’anthologie dans les rues d’Athènes. La critique se montre sévère envers le film. Elle goûte peu l’adaptation que Henri Verneuil propose du roman de David Goodis. Le public, en revanche, répond présent en masse, avec un peu plus de quatre millions de spectateurs. De succès en succès, Jean-Paul Belmondo s’impose comme la star la mieux payée du cinéma français. Il est désormais temps pour lui de franchir une nouvelle étape : devenir son propre producteur.

Claude Chabrol avait offert à Belmondo l’un de ses premiers rôles importants dans À double tour. Avec Docteur Popaul (1972), le cinéaste signe le premier film coproduit par la société de Belmondo, Cerito Films. L’acteur a choisi ce nom en hommage à sa grand-mère paternelle, Rosine Cerrito, une Sicilienne originaire de Cefalù, petit village de pêcheurs. Belmondo retrouve Laura Antonelli, sa partenaire des Mariés de l’an II. Leur liaison entraîne la rupture avec Ursula Andress, dont il se sépare en bons termes. De son côté, Laura Antonelli divorce de son mari, un éditeur italien. Malgré leur histoire d’amour, les deux acteurs ne se marieront jamais et finiront par mener leur vie chacun de leur côté. Leur relation prendra fin au début des années 1980. Entre-temps, Laura Antonelli est devenue l’une des grandes vedettes de la comédie érotique italienne, portée par les succès considérables de Ma femme est un violon et, surtout, de Malicia, qui dépasse les douze millions d’entrées en Italie. Mais réduire sa carrière à l’exposition généreuse de ses formes magnifiques serait injuste. L’actrice sait aussi se mettre au service du cinéma d’auteur, comme en témoignent ses rôles chez Luigi Comencini dans Mon Dieu, comment suis-je tombé si bas ? et chez Luchino Visconti dans L’Innocent.

Docteur Popaul est une comédie noire plutôt détonante. Séduit par le roman d’Hubert Monteilhet, Meurtre à loisir, Jean-Paul Belmondo en confie l’adaptation à Claude Chabrol et à son scénariste Paul Gégauff. Pourtant, l’acteur n’est guère convaincu par le résultat final. Le film déborde du cadre de la comédie et Belmondo nourrit de sérieux doutes quant à son potentiel commercial. Contre toute attente, c’est un succès, non seulement en France, mais aussi dans plusieurs pays européens, notamment en Italie et en Allemagne. Avec deux millions de spectateurs, les excellentes recettes du film de Chabrol confortent Belmondo dans sa volonté de poursuivre l’aventure de la production.

La Scoumoune (1972) est le remake d’Un nommé La Rocca, réalisé par José Giovanni, l’auteur du roman d’origine. Moins inspiré que le film de Jean Becker, mais plus fidèle au récit littéraire, ce nouveau polar permet à Belmondo de retrouver avec plaisir Claudia Cardinale, sa partenaire de Cartouche. C’est une nouvelle réussite populaire, avec 1,9 million de spectateurs.

Fernand Garcia

Belmondo, le magnifique – Exposition et rétrospective du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027 à la Cinémathèque Française.