Robert Bober – Festival de la Cinémathèque, 2026

La Section « Robert Bober», en sa présence, propose trois films pour raconter la vie et la carrière de Robert Bober, assistant de Truffaut et grand documentariste.

Robert Bober, né en 1931 à Berlin dans une famille juive d’origine polonaise, est l’un des grands témoins de l’histoire contemporaine à travers le cinéma documentaire. Arrivé en France enfant, il connaît l’expérience de la guerre et de la persécution, qui marquera durablement sa sensibilité et nourrira ses choix artistiques. Son œuvre se situe à l’intersection du récit historique, de l’autobiographie et de la réflexion sur la mémoire, abordant avec acuité les traces de la Shoah, l’exil et la vie quotidienne des marginalisés.

Dans les années 1960, Bober débute sa carrière au cinéma en travaillant comme assistant de François Truffaut, une expérience formative qui lui permet d’approfondir la direction d’acteurs et la construction narrative. Cette période le familiarise avec les exigences du cinéma de fiction, qu’il transpose plus tard dans ses documentaires, en combinant rigueur formelle et sensibilité humaine. Bober entre à la télévision en 1963 et collabore avec Pierre Dumayet. Pendant près de 40 ans, ensemble, ils réalisent des émissions devenues mythiques comme Lectures pour tous ou Un siècle d’écrivains. Rapidement, Bober se tourne vers le documentaire, qu’il considère comme le médium le plus adapté pour témoigner de l’histoire et de l’intime. Le premier documentaire personnel de Robert Bober, Cholem Aleichem, un écrivain de langue yiddish, est diffusé en 1967. Auteur de plus de cent documentaires, ses films explorent la mémoire des survivants, les paysages urbains transformés par le temps et la vie des personnes ordinaires confrontées aux grandes forces historiques. Parmi ses œuvres les plus marquantes figurent La génération d’après (1971), La cloche et ses clochardes (1972), Réfugié provenant d’Allemagne, apatride d’origine polonaise (1975), Récits d’Ellis Island (1980) ou encore Vienne avant la nuit (2017). Robert Bober est également l’auteur d’œuvres littéraires comme Quoi de neuf sur la guerre ? (P.O.L, 1993), Berg et Beck (P.O.L, 1999), Laissées-pour-compte(P.O.L, 2005), On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux (P.O.L, 2010), Vienne avant la nuit (P.O.L, 2017), Par instants, la vie n’est pas sûre (P.O.L, 2020), ou encore, Il y a quand même dans la rue des gens qui passent (P.O.L, 2023).

Jules et Jim (1962) de François Truffaut, d’après le roman Jules et Jim de Henri-Pierre Roché – 105 min – Avec Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre…

Paris, dans les années 1900 : Jules l’Autrichien et Jim le Français, deux amis étudiants, sont épris de la même femme, Catherine, qui ne peut choisir entre les deux. C’est Jules qui épouse Catherine. La guerre les sépare. Ils se retrouvent en 1918. Catherine n’aime plus Jules et tombe amoureuse de Jim.

Après s’être chargé des repérages, Robert Bober assiste François Truffaut (aux côtés de Florence Malraux) dans l’adaptation du roman d’Henri-Pierre Roché, transformé en une éblouissante histoire de passion mortifère. Tour à tour joyeux et tragique, et emmené par une Jeanne Moreau aussi moderne que mystérieuse, l’un des triangles amoureux les plus célèbres du cinéma. Porté par une mise en scène inventive (voix off, montage vif, mobilité de la caméra), Jules et Jim célèbre l’élan amoureux tout en en montrant la fragilité. À travers cette chronique située avant et après la Première Guerre mondiale, Truffaut explore les tensions entre liberté individuelle, fidélité et désir, donnant naissance à une œuvre à la fois lyrique et mélancolique, devenue un classique du cinéma moderne. Un des films emblématiques de la nouvelle vague. Séance présentée par Robert Bober.

Récits d’Ellis Island (1980) de Robert Bober et Georges Perec – 116 min – Documentaire

Récit composé de deux parties. La première « Traces » évoque l’arrivée des émigrés de 1892 à 1924 à Ellis Island. La seconde « Mémoire » est un témoignage filmé à New York, sur les émigrants juifs et italiens entrés aux Etats-Unis par Ellis Island.

« Nous n’avons pas particulièrement travaillé sur le scénario. Nous nous sommes simplement beaucoup vus, apprenant à mieux nous connaître. Et c’est sur la connaissance que nous avions l’un de l’autre, et aussi lui de mes films, moi de ses livres, que nous avons entrepris les Récits d’Ellis Island. Ellis Island nous apparut alors comme le lieu même où venant s’inscrire les thèmes et les mythes autour desquels s’articulait la recherche de notre identité ». Robert Bober.

Sur les traces de son ancêtre, Robert Bober revient à Ellis Island, au large de New York, centre de transit pour près de 16 millions d’émigrants européens de 1892 à 1924. À travers une alternance d’archives, de témoignages et de textes lus par Perec, le film interroge la mémoire des départs, l’expérience de l’exil et la construction des identités. À ses images répond le commentaire de Georges Perec : un témoignage précieux sur l’histoire de ce lieu d’exil, qui s’achève par une réflexion sur la judéité.

Plus qu’un simple documentaire historique, Récits d’Ellis Island propose une méditation sensible sur les traces laissées par l’histoire et sur ce que signifie « partir » pour recommencer ailleurs. Marqué par une grande sobriété formelle, le film conjugue enquête documentaire et réflexion intime, faisant du lieu un espace de mémoire universelle.

« À Paris, quand nous disions que nous allions faire un film sur Ellis Island, presque tout le monde nous demandait de quoi il s’agissait. À New York, presque tout le monde nous demandait pourquoi. Non pas pourquoi un film à propos d’Ellis Island, mais pourquoi nous. En quoi cela-nous concernait-il, nous. (…) Il serait sans doute un peu artificiel de dire que nous avons réalisé ce film à seule fin de comprendre pourquoi nous avions le désir ou le besoin de le faire. Il faudra bien, pourtant, que les images qui vont suivre répondent à ces deux questions et décrivent non seulement ce lieu unique, mais le chemin qui nous y a conduits. » Robert Bober et Georges Perec.

Restauration 4K en 2026 par l’Institut National de l’Audiovisuel, à partir du négatif image 16 mm et du son magnétique 16 mm. Séance présentée par, et suivie d’un dialogue avec, Robert Bober.

Vienne avant la nuit (2017) de Robert Bober – 74 min – Documentaire

Le documentariste Robert Bober ravive la mémoire de son arrière-grand-père parti de Pologne pour s’installer dans une Vienne moderne et cosmopolite, celle de Stefan Zweig, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, à la veille de la montée en puissance du national-socialisme qui mettra fin à cette capitale culturelle.

À partir de différentes sources d’archives, Robert Bober reconstitue l’histoire de son arrière-grand-père, parti de Pologne pour émigrer aux États-Unis. Refoulé à Ellis Island pour cause de maladie, il repart s’installer à Vienne. Fidèle à son style, Bober fait dialoguer mémoire personnelle et histoire collective, transformant l’évocation d’un passé détruit en réflexion poignante sur l’exil, la perte et la persistance des traces. À travers archives, lectures et déambulations dans la ville, le récit intime d’une génération de Juifs viennois, confrontée aux premières heures du nazisme. Séance présentée par Robert Bober.

Festival de la Cinémathèque : Sans la connaissance de notre passé, notre futur n’a aucun avenir. C’est pourquoi le passé est un présent pour demain.

Le Festival de la Cinémathèque (ex « Toute la mémoire du monde »), le Festival international du film restauré fête ses 13 ans avec une riche sélection de restaurations prestigieuses accompagnées d’un impressionnant programme de rencontres, de ciné-concerts et de conférences.

Moment privilégié de réflexion, d’échange et de partage qui met l’accent sur les grandes questions techniques et éthiques qui préoccupent cinémathèques, archives et laboratoires techniques mais aussi, bien évidemment (on l’espère encore !), éditeurs, distributeurs, exploitants et cinéphiles, le Festival de la Cinémathèque, né dans le contexte de basculement du cinéma dans l’ère du numérique, propose une fois de plus, cette année encore, une programmation exceptionnelle en donnant à voir aux spectateurs les chefs d’œuvre comme les œuvres moins connues (curiosités, raretés et autres incunables) du patrimoine du cinéma. Avec toujours un élargissement « Hors les murs » dans différentes salles partenaires de la manifestation à Paris et banlieue parisienne, puis, dans la continuité du festival francilien, en partenariat avec l’ADRC (Agence nationale pour le développement du cinéma en régions), plusieurs films qui tourneront après le festival dans des cinémas en régions, pour sa treizième édition, le Festival International du film restauré, renommé depuis l’année dernière « Festival de la Cinémathèque », s’affirme comme étant l’immanquable rendez-vous dédié à la célébration et à la découverte du patrimoine cinématographique mondial.

Créé par La Cinémathèque française en partenariat avec le Fonds Culturel Franco-Américain et Kodak, et avec le soutien de ses partenaires institutionnels et les ayants droit essentiels aux questions de patrimoine, ce festival est incontournable pour les cinéphiles passionnés, les amoureux du patrimoine cinématographique, les archivistes, les historiens, les chercheurs et autres curieux. Riche et foisonnante, la programmation du festival nous propose un panorama très éclectique des plus belles restaurations réalisées à travers le monde et salue ainsi non seulement le travail quotidien des équipes des différentes institutions, mais nous fait également prendre toute la mesure de la richesse incommensurable de cet Art qui n’a de cesse de témoigner tout en se réinventant tout le temps.

Cinq jours durant, dans 12 cinémas (La Cinémathèque française, La Filmothèque du Quartier Latin, Le Christine Cinéma Club, Ecoles Cinéma Club, La Fondation Jérôme Seydoux – Pathé, Le Reflet Médicis, Le Grand Action, L’Archipel, L’Alcazar, Le Vincennes, Le Centre Wallonie-Bruxelles et la plateforme VOD HENRI) le Festival de la Cinémathèque propose cette année encore, près d’une centaine de séances de films rares et/ou restaurés présentés par de nombreux invités et répartis en différentes sections pour célébrer le cinéma de patrimoine et fêter en beauté son treizième anniversaire.

Afin de ne rien manquer de cet évènement, rendez-vous à La Cinémathèque française et dans les salles partenaires du festival du 11 au 15 mars.

Steve Le Nedelec