50 ans des Studios Kadokawa – Festival de la Cinémathèque, 2026

La Section 50 ans des Studios Kadokawa propose six films restaurés et signés de grands noms du célèbre studio japonais, parmi lesquels Kon Ichikawa, Kenji Fukasaku et Shinji Somai.

Les studios Kadokawa : de l’édition à l’empire du divertissement

Les Studios Kadokawa trouvent leur origine dans la maison d’édition Kadokawa Shoten, fondée par Genyoshi Kadokawa. Spécialisée à ses débuts dans la littérature japonaise classique, l’entreprise familiale s’impose rapidement comme un acteur important du paysage éditorial nippon. À la mort du fondateur, son fils Haruki Kadokawa en prend la direction et engage un tournant décisif. L’ère Haruki sera marquée par le triomphe du divertissement. Ambitieux, combatif et animé d’un fort désir de reconnaissance, Haruki Kadokawa réoriente la ligne éditoriale vers des œuvres de divertissement, en particulier les romans policiers et de science-fiction. Sous son impulsion, la collection Kadokawa Bunko devient un refuge privilégié pour les auteurs de ces genres populaires. Mais c’est en 1976 que la stratégie de diversification s’affirme pleinement. Haruki fonde Kadokawa Haruki Office et se lance dans la production cinématographique. Le premier film, Le Complot de la famille Inugami, adaptation d’un roman de Seishi Yokomizo réalisée par Kon Ichikawa, marque les esprits. Malgré un accueil critique sévère, le film connaît un grand succès populaire, porté par une campagne promotionnelle novatrice, notamment l’utilisation d’un montage diffusé à la télévision comme bande-annonce, une pratique encore rare à l’époque. Haruki ne se contente pas de produire, il conçoit chaque sortie comme un événement. Il s’appuie sur la popularité d’idoles montantes telles que Hiroko Yakushimaru, Tomoyo Harada ou Noriko Watanabe, contribuant à attirer un large public dans un contexte où l’industrie cinématographique souffre de la concurrence de la télévision. Cinéma populaire révélateur d’une époque, les productions Kadokawa privilégient un ton accessible, énergique et spectaculaire. Des films comme Sailor Suit and Machine Gun et Typhoon Club, réalisés par Shinji Sōmai, illustrent cette volonté de séduire un jeune public tout en abordant des thèmes sociaux tels que la délinquance ou la marginalité. Ces œuvres accompagnent le Japon de la fin des années 1970 et du début des années 1980, période d’essor économique et de mutation culturelle. Le cinéma Kadokawa incarne ce glissement vers une ère plus consumériste et spectaculaire, où la satire sociale remplace peu à peu la contestation politique des décennies précédentes.

En 1982, Haruki Kadokawa passe derrière la caméra avec Le Héros souillé, amorçant un retrait progressif de la production. Si la marque Kadokawa continue de rayonner, au Japon comme à l’international, la gestion ambitieuse et coûteuse de l’entreprise entraîne un endettement croissant. La trajectoire personnelle d’Haruki, marquée par des démêlés judiciaires dans les années suivantes, assombrit également l’image du groupe. Aujourd’hui, les studios Kadokawa restent associés à cette période d’audace et d’innovation, où l’édition et le cinéma se sont conjugués pour créer une véritable synergie médiatique. Sous l’impulsion d’Haruki Kadokawa, l’entreprise familiale s’est transformée en un acteur majeur du divertissement japonais, laissant une empreinte durable sur la culture populaire des années 1980.

Le Complot de la famille Inugami (Inugami-ke no ichizoku, 1976) de Kon Ichikawa, d’après le roman Inugami-ke no ichizoku de Seishi Yokomizo – 146 min – Avec Kōji Ishizaka, Yōko Shimada, Teruhiko Aoi…

En 1947, deux ans après la défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale, dans la ville de Nasu, où est établi le bureau principal de la société pharmaceutique Inugami Pharmaceuticals, les membres de la grande famille de Sahei Inugami, patriarche et fondateur, se réunissent dans l’espoir d’entendre son dernier testament. Cependant, l’avocat présent à la réunion informe l’auditoire que le testament ne sera annoncé que lorsque tous les membres du clan seront réunis. Au même moment, Sahei Inugami meurt. Une série de meurtres se produit en rapport avec l’immense héritage. Wakabayashi, un assistant de l’avocat-conseil de la famille Inugami, envoie une lettre à Kindaichi pour obtenir de l’aide en prévision d’un conflit de clan sur l’énorme héritage, mais quelqu’un le tue.

Le Complot de la famille Inugami est un film policier réalisé par Kon Ichikawa et produit par Haruki Kadokawa. Adapté d’un roman de Seishi Yokomizo, il met en scène le célèbre détective Kōsuke Kindaichi enquêtant sur une série de meurtres au sein d’une riche famille japonaise déchirée par les rivalités d’héritage. Mêlant suspense, atmosphère gothique et étude acerbe des rapports familiaux, le film se distingue par son esthétique soignée et son sens du mystère. Malgré un accueil critique initialement réservé, il rencontre un large succès populaire à sa sortie et marque le renouveau du cinéma de divertissement japonais des années 1970, tout en lançant durablement la dynamique cinématographique des studios Kadokawa. Restauration 4K par Kadokawa Corporation.

L’Ecole dans le viseur (Nerawatera gakuen, 1981) de Nobuhiko Ōbayashi – 90 min – Avec Hiroko Yakushimaru, Ryôichi Takayanagi, Masami Hasegawa.…

Des lycéens luttent contre une force surnaturelle. Sous ses airs de divertissement foutraque, L’Ecole dans le viseur interroge la peur de grandir, l’angoisse collective et l’héritage traumatique du Japon. Ruptures de ton, trucages artisanaux, L’Ecole dans le viseur est un teen movie fantastique, qui flirte avec l’expérimental.

L’École dans le viseur est un film fantastique réalisé par Nobuhiko Obayashi et produit par les studios Kadokawa. Adapté d’un roman pour la jeunesse, le film mêle chronique adolescente et récit fantastique en racontant l’histoire d’une lycéenne dotée de pouvoirs télépathiques, confrontée à des phénomènes mystérieux au sein de son établissement scolaire. Dans la lignée du cinéma pop et générationnel du début des années 1980, l’œuvre combine romance, suspense et touches d’humour, tout en explorant les inquiétudes liées à l’adolescence et à la différence. Avec son ton léger et son esthétique inventive, caractéristique du style d’Obayashi, le film s’inscrit pleinement dans la stratégie de divertissement grand public développée par Kadokawa à cette époque. Restauration 4K par Kadokawa Corporation.

Les Guerriers de l’Apocalypse (Sengoku jieitai, 1980) de Kōsei Saitō, d’après le roman Sengoku Jieitai de Ryō Hanmura – 139 min – Avec Sonny Chiba, Jun Eto, Moeko Ezawa…

Une troupe de militaires réalise des manœuvres et se retrouve entraînée vers un glissement dans le temps à la suite d’une déformation de l’espace-temps… Cette armée équipée de jeeps, d’un char, d’un hélicoptère et d’un patrouilleur, atterrit 400 ans en arrière, dans le Japon féodal du XVIe siècle…

Les Guerriers de l’Apocalypse est un film de science-fiction réalisé par Kōsei Saitō et produit par les studios Kadokawa. Adapté d’un roman de Ryō Hanmura, le film raconte l’histoire d’une unité des Forces d’autodéfense japonaises mystérieusement transportée à l’époque des guerres féodales (ère Sengoku). Confrontés aux seigneurs de guerre et aux conflits du XVIe siècle, les soldats modernes doivent choisir entre intervenir dans le cours de l’Histoire ou tenter de survivre dans un passé brutal et instable. Kōsei Saitō fait dialoguer film de sabre et codes du cinéma d’exploitation et livre une fresque post-apocalyptique à la violence stylisée, avec vengeance, clans rivaux et visions mystiques, dans un Japon ravagé. Spectaculaire et ambitieux, mêlant tension dramatique, action, science-fiction et réflexion sur le militarisme, le film est une œuvre hybride inattendue qui illustre la volonté de Kadokawa de produire un cinéma populaire capable de rivaliser avec les superproductions internationales. Les Guerriers de l’Apocalypse est devenu une œuvre culte du cinéma populaire japonais des années 1980. Restauration 4K par Kadokawa Corporation.

La Preuve d’un homme (Ningen no shōmei, 1977) de Junya Satō, d’après le roman Ningen no shōmei de Seiichi Morimura – 132 min – Avec George Kennedy, Yūsaku Matsuda, Mariko Okada, Toshiro Mifune…

Lorsqu’un Américain est assassiné dans une auberge japonaise, l’inspecteur Munesue, de la police de Tokyo, suit la piste du meurtrier jusqu’à New York. Là, il est rejoint par l’inspecteur Shuftan et, ensemble, ils tentent d’élucider le crime…

Réalisé par Junya Satō, La Preuve d’un homme est un polar urbain politique et mélancolique, nourri de suspense, de mémoire coloniale et de drame intime, produit dans le cadre de l’essor cinématographique des studios Kadokawa. Adapté d’un roman de Seiichi Morimura, le film s’ouvre sur la découverte du corps d’un jeune métis new-yorkais dans un hôtel de Tokyo, déclenchant une enquête complexe entre le Japon et les États-Unis. À travers cette intrigue criminelle, le récit explore les blessures encore vives de l’après-guerre, les relations nippo-américaines et les tensions raciales. Mêlant suspense, critique sociale et ampleur mélodramatique, le film est une œuvre singulière qui scrute les cicatrices laissées par l’Histoire. La Preuve d’un homme connaîtra un immense succès populaire à sa sortie et confirmera la stratégie de Kadokawa consistant à adapter des best-sellers en événements cinématographiques d’envergure. Sortie en Blu-ray et 4K UHD par Carlotta Films le 21 avril.

La Légende des huit samouraïs (Satomi hakken-den, 1983) de Kinji Fukasaku, d’après le roman Shin Satomi Hakkenden de Toshio Kamata – 133 min – Avec Hiroko Yakushimaru, Hiroyuki Sanada, Sonny Chiba …

La famille Satomi a été décimée par la maléfique Tamazusa et son fils Matofuji, chefs du clan Hikita. Seule la princesse Shizu réchappe au massacre. En fuite, pourchassée par ses ennemis, elle croise le chemin du vaillant Dosetsu, un mystérieux guerrier. Celui-ci lui révèle l’ancienne rivalité entre les deux clans, ainsi qu’une légende : la lignée des Satomi pourrait être sauvée grâce à huit samouraïs, ressuscités par le pouvoir de huit boules de cristal.

Porté par une imagerie flamboyante, La Légende des huit samouraïs mêle aventure, fantastique et romance dans un récit épique où une princesse et huit guerriers liés par le destin affrontent une force maléfique. Revisitant les récits héroïques à grand renfort de fantastique, de monstres et d’effets spéciaux typiquement eighties, le film raconte une quête de vengeance qui illustre l’ambition des productions Kadokawa de revisiter le patrimoine littéraire japonais à travers un cinéma de divertissement populaire ambitieux à grand spectacle. Porté par une mise en scène énergique et un souffle épique caractéristique de Fukasaku, spectaculaire et rythmé, le film combine tradition et modernité, contribuant à renouveler le film de sabre japonais pour le public des années 1980. Restauration 4K par Kadokawa Corporation.

Sailor Suit and Machine Gun (Sērā-fuku to kikanjū, 1981) de Shinji Sōmai, d’après le roman Sailor Suit and Machine Gun de Jirō Akagawa – 130 min – Avec Hiroko Yakushimaru, Tsunehiko Watase, Yuki Kazamatsuri, Rentarō Mikuni…

Une lycéenne japonaise se retrouve propulsée à la tête d’un clan de yakuzas. Au service d’un récit décalé, la mise en scène chorégraphique de Shinji Sōmai détourne le film de gangsters en fable pop et nostalgique sur l’adolescence, emmenée par la grâce magnétique de Hiroko Yakushimaru.

Réalisé par Shinji Sōmai et produit par les studios Kadokawa, Sailor Suit and Machine Gun est adapté d’un roman de Jirō Akagawa, le film raconte l’histoire d’une lycéenne ordinaire qui hérite, à la mort de son père, de la direction d’un petit clan yakuza. Porté par la performance emblématique de Hiroko Yakushimaru, le film mêle comédie, film de gangsters et chronique adolescente dans un ton à la fois léger et mélancolique. Derrière son apparente fantaisie, l’œuvre capte les désillusions et les contradictions de la jeunesse japonaise du début des années 1980, devenant l’un des plus grands succès populaires de l’ère Kadokawa et un film culte du cinéma japonais contemporain. Restauration 4K par Kadokawa Corporation. Ressortie en salles par Carlotta Films.

Festival de la Cinémathèque : Sans la connaissance de notre passé, notre futur n’a aucun avenir. C’est pourquoi le passé est un présent pour demain.

Le Festival de la Cinémathèque (ex « Toute la mémoire du monde »), le Festival international du film restauré fête ses 13 ans avec une riche sélection de restaurations prestigieuses accompagnées d’un impressionnant programme de rencontres, de ciné-concerts et de conférences.

Moment privilégié de réflexion, d’échange et de partage qui met l’accent sur les grandes questions techniques et éthiques qui préoccupent cinémathèques, archives et laboratoires techniques mais aussi, bien évidemment (on l’espère encore !), éditeurs, distributeurs, exploitants et cinéphiles, le Festival de la Cinémathèque, né dans le contexte de basculement du cinéma dans l’ère du numérique, propose une fois de plus, cette année encore, une programmation exceptionnelle en donnant à voir aux spectateurs les chefs d’œuvre comme les œuvres moins connues (curiosités, raretés et autres incunables) du patrimoine du cinéma. Avec toujours un élargissement « Hors les murs » dans différentes salles partenaires de la manifestation à Paris et banlieue parisienne, puis, dans la continuité du festival francilien, en partenariat avec l’ADRC (Agence nationale pour le développement du cinéma en régions), plusieurs films qui tourneront après le festival dans des cinémas en régions, pour sa treizième édition, le Festival International du film restauré, renommé depuis l’année dernière « Festival de la Cinémathèque », s’affirme comme étant l’immanquable rendez-vous dédié à la célébration et à la découverte du patrimoine cinématographique mondial.

Créé par La Cinémathèque française en partenariat avec le Fonds Culturel Franco-Américain et Kodak, et avec le soutien de ses partenaires institutionnels et les ayants droit essentiels aux questions de patrimoine, ce festival est incontournable pour les cinéphiles passionnés, les amoureux du patrimoine cinématographique, les archivistes, les historiens, les chercheurs et autres curieux. Riche et foisonnante, la programmation du festival nous propose un panorama très éclectique des plus belles restaurations réalisées à travers le monde et salue ainsi non seulement le travail quotidien des équipes des différentes institutions, mais nous fait également prendre toute la mesure de la richesse incommensurable de cet Art qui n’a de cesse de témoigner tout en se réinventant tout le temps.

Cinq jours durant, dans 12 cinémas (La Cinémathèque française, La Filmothèque du Quartier Latin, Le Christine Cinéma Club, Ecoles Cinéma Club, La Fondation Jérôme Seydoux – Pathé, Le Reflet Médicis, Le Grand Action, L’Archipel, L’Alcazar, Le Vincennes, Le Centre Wallonie-Bruxelles et la plateforme VOD HENRI) le Festival de la Cinémathèque propose cette année encore, près d’une centaine de séances de films rares et/ou restaurés présentés par de nombreux invités et répartis en différentes sections pour célébrer le cinéma de patrimoine et fêter en beauté son treizième anniversaire.

Afin de ne rien manquer de cet évènement, rendez-vous à La Cinémathèque française et dans les salles partenaires du festival du 11 au 15 mars.

Steve Le Nedelec