Chers cinéphiles,
Nous refermons une année 2025 qui, à bien des égards, aura été honorable. Pourtant, il serait illusoire d’ignorer le malaise persistant qui traverse le cinéma. Année après année, le lien entre les spectateurs et le grand écran se fragilise. Avec un peu plus de 157 millions d’entrées en France — un chiffre encore enviable à l’échelle européenne — le cinéma résiste, mais il résiste désormais sous perfusion.
Les causes de cette érosion ne résident pas uniquement dans la multiplication des écrans ou des plateformes, mais dans une offre de plus en plus contrainte, façonnée par des logiques industrielles, idéologiques ou marketing, laissant peu de place à l’imprévu, à la singularité, au risque. Le spectacle cinématographique tel qu’il s’est construit au XXᵉ siècle, art populaire, art de mise en scène, art du regard et du désir, semble s’être dissous dans les limbes du temps. Et pourtant, tout n’a pas disparu. Si les stars se sont effacées et si les grandes signatures se font plus rares, le désir de cinéma subsiste ailleurs : dans les œuvres du patrimoine, dans les films fragiles, dans les marges, dans ces regards qui continuent de chercher, de filmer, de raconter.
À cet égard, il convient de saluer le travail remarquable des éditeurs vidéo français. En faisant vivre et revivre des pans entiers du patrimoine cinématographique mondial, des chefs-d’œuvre consacrés aux productions plus modestes des cinémas de quartier, ils ravivent l’amour du cinéma là où l’industrie l’a parfois déserté. Par leurs restaurations, leurs éditorialisations exigeantes et leur curiosité, ils rappellent que l’histoire du cinéma n’est ni figée ni hiérarchique, mais vivante, plurielle, et qu’elle appelle sans cesse à être transmise. Il faut également souligner le rôle essentiel de la Cinémathèque française qui, malgré les attaques et les remises en cause, poursuit avec constance et courage sa mission fondamentale : conserver, montrer, transmettre. Dans ses salles comme dans ses collections, le cinéma demeure un art du temps long, du regard, et de la mémoire.
Relire l’histoire du cinéma, défendre les films qui comptent, accompagner les œuvres, faire circuler leur mémoire et leur sens. Non par nostalgie, mais par fidélité. Fidélité à un art qui, même bousculé, même fragilisé, continue de parler à celles et ceux qui prennent le temps de le regarder vraiment.
À toutes et à tous, lecteurs de Kinoscript, nous vous souhaitons une très belle et heureuse année 2026, placée sous le signe du cinéma, de la curiosité et de la transmission.